L’homme plissé

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 02

 

Le printemps rougit aux couleurs de Shunga dans la collection de L’Homme plissé chez Issey Miyake. Estampes érotiques japonaises, elles occupent une place à part dans l’ukiyo-e (images du monde flottant). La plupart des grands artistes japonais en ont réalisé. Il y a une quarantaine d’années Pierre Cardin organisait une exposition d’oeuvres d’Hokusai que les amateurs découvraient dans une pièce sombre, lampe de poche de voyeur à la main. Il y a quelques années l’espace Cardin donnait à voir Le silence de l’amour et montrait à nouveau ces estampes. En 1976 ce sont les éditions de L’Office du livre qui publièrent le chant de l’oreiller ou l’art d’aimer au Japon autour de ces estampes particulières. En 2013 une exposition au British Museum s’intitulait Shunga : Sexe et plaisir dans l’art japonais. Sulfureux au Japon pendant très longtemps, cet art a d’abord trouvé en Occident ses cimaises.

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 03

L’Homme plissé a choisi différents artistes et a opté pour une gamme de couleurs sourdes. Utamakura (Poème de l’oreiller) par Utamaro, délicieuse femme en kimono magnifiant peau, chevelure, nuque… Tako to ama (Le rêve de la femme du pêcheur) d’Hokusai représente une femme retenue par deux poulpes (tako). Nishiki Azuma, un autre Hokusai, scène d’amour. So no maki de Kiyonaga représente deux corps entrelacés. Imprimés, ces motifs prennent corps et vie sur des vêtements mis en mouvement avec des danseurs de voguing photographiés par Charles Negre sous la direction artistique de Pascal Monfort et une vidéo.

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 04

Des vêtements du quotidien, pratiques, juste animés de fantaisie et d’une pointe de soufre venue d’un Orient extrême.
 

Kimono, au bonheur des dames

 

 

EDO-021AVêtement japonais, le kimono (« chose à porter ») existe dans l’archipel depuis des siècles. Une exposition au musée Guimet le célèbre, notamment au travers de la collection Matsuzakaya.

Fondée en 1611, la maison Matsuzakaya a joué un rôle éminent dans la production et aussi l’essor du kimono au Japon. Les pièces les plus emblématiques ont été soigneusement conservées et une partie est aujourd’hui donnée à voir à Paris (certains kimonos aux couleurs fragiles ne sont montrés que l’espace de quelques jours).

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À l’origine appelé kosode, ce vêtement était une pièce de dessous avant de s’exprimer à l’extérieur jusqu’à devenir de plus en plus précieux, de plus en plus riche (broderies, motifs, fils d’or….). L’ample forme en T du kimono suggère un espace entre le corps et son enveloppe. Cette conception distingue profondément le kimono du vêtement occidental plus enclin à épouser et à souligner les courbes du corps. De nombreux motifs égrènent les saisons, célèbrent la nature, la flore, la faune, les paysages…

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Détails réalistes, mais aussi motifs stylisés ainsi l’eau, tout en sinuosités.

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Techniques de broderies mais aussi shibori…

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Le kimono est porté aussi lors de cérémonies avec des symboles, des couleurs précises comme pour le mariage ou les fêtes qui rythment les différents âges de l’enfance. L’obi est l’accessoire complémentaire, une longue pièce rectangulaire de tissu qui se noue savamment (différents types de noeuds) et vient ceindre le kimono avec élégance.

L’exposition donne à voir des dessins qui représentent les magasins de kimono avec les pièces de tissus précieux (les kimonos sont souvent très chers). Autour de la sélection des pièces de la collection Matsuzakaya, des paravents, porte-kimonos, livres, estampes, accessoires de coiffure complètent la parure et l’histoire de son environnement raffiné.

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En Occident à la fin du XIXè siècle s’est invité le Japon. Avec le magasin de Samuel Bing (« L’art japonais ») et l’intérêt des frères Goncourt pour cette culture, toute une vague de japonisme déferle en Europe. Le kimono est parfois adopté en tenue d’intérieur. À plusieurs reprises la mode occidentale s’empare de son esprit et de sa forme avec Paul Poiret, grand amateur d’exotisme, mais aussi Madeleine Vionnet.

Une dernière partie de l’exposition donne à voir les réinterprétations contemporaines avec les créateurs japonais qui s’en inspirent et sont partis à la redécouverte de leur patrimoine comme Kenzo, Yohji Yamamoto.

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Junko Koshino a créé des kimonos d’exception dans une vision contemporaine et très luxueuse de ce vêtement traditionnel. Haori matsu en organdi de soie et motifs de branches de pin avec tissu imprimé de feuilles d’or et le choix de porter l’obi devant. Oiran en hommage au nom d’une célèbre pièce de kabuki, pour femme galante avec obi noué devant. Suminagashi avec la technique des encres flottantes dessinant d’exquises marbrures.

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Les contemporains occidentaux se sont aussi inspirés du kimono et de cette forme particulière en T avec manches flottantes et parfois très longues. Extraordinaires réinterprétations de John Galliano pour Dior, mais aussi des créations inspirées, robes de Jean Paul Gaultier, Yves Saint Laurent, Frank Sorbier…

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Un vêtement intemporel pour une délicieuse plongée dans un passé extrême oriental autour d’un mot à tout jamais lié au Japon.

 

Leonard

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Deuxième collection réussie pour Christine Phung chez Leonard. L’imagination vagabonde vers une jungle imaginaire où la nature inspire avec ses motifs de palme, ses fleurs, ses oiseaux, ses couleurs avec parfois un effet quasi camouflage.

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Des dessins marbrés (Carrare ?) réinventent leurs veines de pierres en coulures vagues.

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Les imprimés ont été recolorisés. Les motifs sont aussi déconstruits, retravaillés en patchworks, utilisés en bandes, en lanières, en rectangles. Organza, soie, mais aussi des matières plus surprenantes comme le teddy, le fourrure.

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Robes, ensembles pantalons, vestes, forme kimono et tenues du soir. Signature Leonard, la couleur s’imprègne de verts, de roses, de bleus… Christine Phung twiste joliment l’esprit de la maison.

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Véronique Leroy

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Couleurs d’automne pour la collection hiver de Véronique Leroy rehaussée d‘un rose vif et de parme.

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Des cardigans en maille avec épaules surdimensionnées.

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Velours brillant à reflets moirés changeants pour silhouettes seventies et bohême.

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Tissus bouillonnés, chevillés au corps et drapés.

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Motif savane de zébrures sur fond vert. Peau retournée dans manteaux amples pour hiver au chaud.

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Le tweed gansé revisité en version tailleur épaulé.

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Saison après saison, le sillon très personnel de Véronique Leroy.

Rochas

 

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Les parfums de la maison Rochas sont relancés par Interparfums tandis que la mode continue sous la direction artistique d’Alessandro Dell’Acqua. Pour l’hiver prochain, les silhouettes fluides s’habillent de noeuds en superposition, de ruchés,…

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Jeux de transparence, dentelle noire, broderies, motifs floraux et un poil de fourrure. Animal, un motif de « zèbre » joue l’opposition du noir et du blanc

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En accessoires, mini sacs siglés d’un R et sur les chaussures l’initiale strassée passe en boucle.

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Anne Sofie Madsen

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Ghostly Matter s’intitule la collection d‘Anne Sofie Madsen, jeune créatrice danoise passée par chez John Galliano et Alexander mc Queen. Le choix du terme poussière, poudre fine, renvoie à « une couche entre un passé immémorial et un futur inimaginable ». Pour le côté ectoplasmique, des soies aériennes, des velours nuageux, des transparences, des tissus effilochés…

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Trench à ceinture décalée.

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Et toujours un goût pour les lanières, les attaches, les sangles. En accessoires, une collaboration avec Vibe Harsloef pour les bijoiux. Des chaussures rafistolage, bricolage où le papier journal se mue en collage.

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Anrealage

 

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Avec sa collection « Roll », Anrealage invite la technologie, mais de façon moins spectaculaire qu’à son habitude. Les techniques s’invitent cette saison avec discrétion et se mettent au service d’une poésie qui anime de vrais vêtements. Le thème de la collection est roll, un rouleau (et pour quoi pas un maki en japonais ?).

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Le tissu est utilisé à partir de son rouleau d’origine en volume. Élaborées avec l’artiste Kohei Nawa, les deux premières pièces ont été construites, sculptées dans la matière des rouleaux de denim (300mètres de long). Demeurées visibles sur le podium, les deux robes tournaient sans fin, entourées d’une mer de poussière de jean (les rebuts de la fabrication). À partir de ces différentes couches de tissus a surgi la structure de la coupe transversale d’un arbre donnant à voir les anneaux qui le composent (la dendrochronologie permet ainsi de dater les bois en comptant les cernes).

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Le créateur a choisi cette vision de cercles concentriques comme la continuation d’un cycle sans fin. Si le bleu jean, magnifiquement réinterprété, innerve une partie de la collection, le marron des arbres, du bois, s’impose majestueux ainsi dans un ample manteau extraordinaire (plus spectaculaire vu de côté). S’ajoute un précieux travail de broderies artisanales dans les détails, rosaces.

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J’ai vu marcher les arbres de Macbeth et je m’imagine déjà avec ce manteau.

« J’ai regardé Birnam, et, là, j’ai cru

Que la forêt se mettait à bouger. »

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