Retour sur la fashion week parisienne

Tourbillonnante, la semaine de la mode à Paris s’est déroulée sur neuf jours avec un calendrier très dense : près de 100 défilés officiels auxquels s’ajoutent les off, les showrooms et des événements annexes. Sous le signe du changement (?) la saison se dessine avec l’arrivée de nouveaux noms à la direction artistique de grandes maisons. État des lieux entre prospérité et avenir incertain.

 

Des chiffres

Pour clôturer la semaine, la Fédération française de la Couture, du Prêt-à-porter des Couturiers et des créateurs de mode s’est associée à la Fédération française du Prêt-à-porter féminin pour donner une conférence autour de la publication de chiffres du secteur mode, suite à une étude menée par l’IFM (Institut français de la Mode). Ces chiffres donnent la mesure de l’importance du secteur qui pèse d’un poids certain dans l’économie française, 150 milliards de chiffre d’affaires direct dont 33 milliards à l’export. Mise en comparaison avec d’autres secteurs, la mode a de quoi pavoiser avec ses 150 milliards contre 102 pour l’aéronautique et 39 pour l’automobile. Soit 1,7% du PIB.

Au sens large le secteur mode inclut le textile (67 milliards), les cosmétiques (44 milliards), la maroquinerie (22 milliards), l’horlogerie et la bijouterie (8 milliards) et l’optique (9 milliards). Cette industrie offre également 580 000 emplois directs. Autour des différentes fashion weeks françaises : 300 défilés par an avec 50 marques étrangères qui choisissent Paris. 27 salons professionnels, 14 000 exposants… Soit 10,3 milliards de transactions commerciales et 1,2 milliard de retombées économiques. Derrière les podiums se profile une réalité économique importante.

 

Mercato

Prestigieuses, les grandes maisons issues de la couture pour la plupart concentrent souvent l’attention de la planète mode. Cette saison, le calendrier bruissait de nouveaux noms, le mercato de la mode opérait des changements majeurs suite à des départs, des licenciements… Chez Christian Dior officie pour la première fois une femme, Maria Grazia Chiuri (ex Valentino). Chez Yves Saint Laurent, qui a retrouvé l’usage de son Yves, arrive Anthony Vaccarello après le tourbillon médiatique Hedi Slimane. Chez Lanvin, Bouchra Jarrar met en sommeil son label personnel et succède à Alber Elbaz. Même choix pour le duo Coperni (Arnaud Vaillant et Sébastien Meunier) qui a choisi de se consacrer à Courrèges depuis trois saisons. Chez Léonard, premiers pas réussis de Christine Phung. Chez Balenciaga, une deuxième saison pour Demna Gvasalia, une des coqueluches de la mode branchée avec sa marque Vêtements.

 

Kaléidoscope

Savamment dosé, le calendrier pratique l’alternance de « grands » défilés (à chaque jour sa « locomotive ») avec de plus modestes. Si une moitié des marques est française, l’autre est composée de noms venant de tout horizon avec la présence importante des Japonais et des Anglais qui demeurent fidèles à Paris, mais aussi des Belges, des Hollandais, des Chinois, des Indiens… un joyeux melting-pot qui permet à Paris de conserver un leadership d’image et de création.

À noter dans ce paysage que les nouveaux noms de la mode, sont pour la plupart issus d’écoles sises à Londres, Anvers ou Tokyo… Les cursus français ne sont pas souvent à l’origine de l’émergence de talents reconnus.

Pour les jeunes pousses de la mode, il est aujourd’hui difficile de se faire une place. Les grandes marques tirent leur épingle du jeu et le prêt-à-porter grande diffusion se porte bien, mais l’entre deux doit affronter une sorte de désamour pour la création, des prix de vente prohibitifs et le manque crucial de points de vente. Nerf de la guerre, la partie commerciale joue un rôle capital. Si les vêtements ne sont pas proposés à la vente, ils n’ont qu’une existence quasi virtuelle (podium, show-room) et au mieux photos dans les magazines (mais, pour les jeunes non annonceurs, la mission est quasi impossible). Les acheteurs professionnels principaux viennent des États-Unis, d’Asie (le Japon demeure le pays le plus curieux pour toutes les propositions de mode). Multimarques et grands magasins en France sont, dans l’ensemble, assez frileux pour intégrer de nouveaux talents dans leurs sélections. Pour exister en dehors du calendrier officiel, des défilés off ont lieu et la formule des show-rooms permet d’associer presse et commercial. Atlein (Antonin Tron), lauréat du prix de la première collection de l’ANDAM, a choisi de continuer cette voie prudente et réfléchie pour sa deuxième collection. Naco, hors circuit traditionnel, orchestre depuis plus de dix ans, défilés off, vidéos ou show-rooms avec courage et obstination. Mais si quelques-uns continuent l’aventure, beaucoup ont tenté leur chance pendant quelques saisons avant de jeter l’éponge.

 

Variations

Paris offre toutes les facettes de la mode en termes de création, à classer en sept familles ?

-Les grandes maisons issues de la couture et dont le prêt–à-porter est désormais un fer de lance avec des directeurs artistiques qui ont repris l’héritage avec plus ou moins de fidélité : Chanel, Dior, Yves Saint Laurent, Paco Rabanne…

-Les créateurs respectés et respectables, d’hier et d’aujourd’hui : Yohji Yamamoto, Maison Margiela (par Galliano), Vivienne Westwood, Dries van Noten, Lutz Huelle, Véronique Leroy, Rick Owens, Manish Arora, Haider Ackermann…

-Les marques les plus pointues, tenants d’une mode radicale avec les talents les plus créatifs dont une majorité de Japonais : Comme des garçons, Junya Watanabe, Undercover,…

-Les expérimentaux toujours en « recherche » et à la pointe des innovations : Issey Miyake, Hussein Chalayan, Anrealage…

-La nouvelle génération : Sacai, Aganovich, Jacquemus, Wanda Nylon, Y/Project…

-Le mainstream : Agnès B, Paule Ka, Isabel Marant…

-Les coqueluches branchées identifiables aux premiers rangs people comme Balmain, Vêtements…

De quoi nourrir les appétits les plus variés, du hamburger au restaurant étoilé…

 

Revue de détail d’une sélection de défilés à suivre.

 

 

 

 

 

 

1 réflexion sur « Retour sur la fashion week parisienne »

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