Viktor & Rolf, 25 ans

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Anniversaire pour les Viktor & Rolf, le duo hollandais découvert et baptisé lors du festival d’Hyères en 1993, soit 25 ans de mode. Depuis une première collection mémorable présentée à la galerie Thaddaeus Ropac (avec le geste de briser un collier sur le sol en final) jusqu’à aujourd’hui s’est dessiné un parcours avec des collections thématiques, monolithiques et le choix de la couture comme terrain d’expression. Sans oublier des parfums avec L’Oréal : Flowerbomb, Spicebomb, Bonbon… avec un regret pour Antidote.

Pour leur anniversaire, les créateurs se sont plongés dans leurs archives et ont revisité des modèles emblématiques en les réinventant autour d’une gamme blanche : The Immaculate collection. Une promenade autour de la mémoire et des pièces iconiques du duo qui se définit en tant que « fashion artists » comme l’intitulé de leur exposition à Rotterdam pour célébrer leurs 25 ans.

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Originalité, avant-garde, mais aussi intemporalité. Parmi les pièces les plus remarquables le jupon en tulle découpé pour créer des « trous », une prouesse technique remarquable et un résultat spectaculaire.

VIKTOR & ROLF HAUTE COUTURE FW18

La collection poupée russe de l’automne 1999, une performance incroyable avec un seul mannequin (Maggie Rizer) et une succession de tenues empilées les unes sur les autres façon matriochka à l’envers où le modèle finit englouti sous une superposition de tenues qui sont posées par les deux créateurs oeuvrant comme de quasi kuroko du théâtre japonais. Des vêtements couette et oreiller avec « Bedtime story » en 2005.

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« Wearable art » avec les robes encadrées et tissus taches de peinture abstraite et un magnifique film tourné au Rijksmuseum.

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Tropisme hollandais avec la délicate collection hommage à Van Gogh, les poupées, le tapis rouge,… Chaque collection est incarnée dans son esprit par une pièce en blanc. Un bel anniversaire.

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Photos Peter Stigter

Jean Paul Gaultier

 

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L’un est l’autre chez Jean Paul Gaultier pour qui les vestiaires des deux sexes ont souvent été confondus ainsi une garde robe pour deux en 1985 qui déjà jouait sur les codes du smoking. Cette saison des mannequins hommes viennent bousculer le cadre de la couture et donnent le ton à une collection qui mêle les genres. Alternance de tailleur et de flou avec de superbes drapés. Tuxedo pour lui, pour elle, avec des coupes structurées et déstructurées. Du noir et du blanc pour le soir et une explosion de couleurs.

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Découpes, asymétrie.

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En ponctuation, des galurins signés Stephen Jones en forme de fez revisité et allant jusqu’à oblitérer le visage. Jeu de mots sur la notion de smoking avec des accesoires en volutes de fumée et en bande son Cigarette d’Higelin. Déconstruction, decoupes, trompe l’œil Et toujours les jeux de mots autour des noms de modèles : De mâle en pie, Mélange des genres, Il smoke de tout, La tailleuse de costards, Le père Noël est une guipure, Pas de fumée sans fun. Une collection très Gaultier. Smoking or not smoking ?

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Maurizio Galante vogue vers Cipango

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Avec Maurizio Galante le voyage tient toujours ses promesses. En route pour Rabat-Cipango où l’exotisme est de mise.

Cette saison, le créateur a collaboré avec des artisans* du Maroc. Passionné par les voyages et surtout par les grands explorateurs qui ont parcouru le monde à la recherche de terres inconnues et de la mythique route des Indes, Maurizio Galante a imaginé un axe Rabat-Cipango. Fantasque rencontre entre la ville où est situé l’atelier de couture au Maroc et le nom donné au Japon par Marco Polo, italien comme le couturier.

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Le créateur a travaillé entre Rabat et Paris, mixant les influences, les tissus, des broderies du Maroc et d’ailleurs. Pour les formes, l’ampleur des caftans, djellabas, mais aussi kimonos, obi, sari réinventés, détournés. Tissus drapés, noués, attachés, mais aussi à l’envers, beauté de fils en suspension, teinture shibori… Fusion des savoir-faire du monde et exquis travail des artisans du Maroc. Une palette de couleurs exubérante, riche. Vêtement fusion, vêtement universel tout simplement magnifique.

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La bonne surprise est qu’une partie de ces créations demeure visible jusqu’au 30 septembre à L’IMA où a eu lieu le défilé couture.

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*L’association AMESIP qui aide les enfants en situation précaire a un atelier de couture avec lequel Maurizio Galante a imaginé ses tissus et broderies selon des techniques typiquement marocaines.

  • Photos Jean Louis Coulombel.

Iris van Herpen

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Syntopia. Iris van Herpen orchestre la rencontre entre biologie et technologie. Pour enrichir son univers très personnel, poétique et signé, la créatrice invite régulièrement des artistes qui viennent participer à sa vision de la mode. Cette saison Lonneke Gordijn et Ralph Nauta de Studio Drift sont intervenus avec une installation cinétique en 18 étapes (18 ailes de verre qui représentent l’action de voler de façon abstraite ).

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« En tant que danseuse, la transformation dans le mouvement m’a hypnotisée » dit Iris van Herpen qui s’est penchée sur la précision du mouvement d’un oiseau, d’un avion et sur les travaux d’Etienne Jules Marey (succession de photos pour permettre de comprendre le mouvement en le décomposant). La créatrice a observé le drapé d’un vêtement à travers la chronophotographie. «  En ralentissant en secondes fractionnées, j’ai commencé à casser la façon habituelle de draper le tissu pour en créer des couches… comme les strates des plumes d’oiseau. »

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Au final, un mélange de techniques traditionnelles artisanales et une pulsion technologique. Technique de tissage, coupes au laser… Organza de soie plissée en couches superposées dans des directions différentes pour donner l’impression de mouvement au ralenti.

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« Inside a second » transpose le travail de Studio Drift et de la chronophotographie en deux tons d’organza thermosoudés avec mylar et coton. « Mimesis robe corset », sur des patrons de fréquences d’oiseaux, coupe au laser, mylar, coton noir, acrylique. Impression de plumage.

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Sous une rangée de tubes en mouvement continu et ondulatoire, un temps paradoxalement suspendu, une collection aérienne, un nuage de poésie.

 

Photo Yannis Vlamos

Noureddine Amir

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D’origine marocaine, Noureddine Amir a déjà eu les honneurs d’une exposition au musée Yves Saint Laurent à Marrakech. Pour la première fois un créateur marocain (et même africain) est invité à présenter à Paris dans le calendrier officiel de la couture. Après des études de mode à Casablanca, il s’est installé à New York où il a travaillé en tant que costumier. De retour au Maroc, il œuvre désormais à ses propres créations.

Dans un bel espace de l’Institut du monde arabe, Noureddine Amir présente un univers inspiré par la faune et la flore. Il a choisi de donner la prééminence au noir pour son élégance intemporelle. Transposition de fonds marins en d’intrigantes formes, coraux, gorgones, algues. Volutes de coquillages. Avec des matières fabriquées au Maroc, il « sculpte » ses modèles. Soie froissée, tubes de mousseline de soie,… Des vêtements aux détails très travaillés. Une collection où un côté brut fusionne avec le raffinement.

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Aganovich

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Membre invité en haute couture, le duo Aganovich (Nana Aganovich et Brooke Taylor) réussit avec brio un défilé poétique et original. Les formes très travaillées des vestes toujours marquent la taille et se découvrent dans des tissus plus précieux. Multiplication des effets de drapés toujours très complexes et sophistiqués. Blouse et robe à volants tout en volume.

Riche jeu d’asymétrie, mode en savante déconstruction. Tissus d’aspect brocart. Télescopage de styles. Du noir, du blanc et une palette de couleurs très raffinée.

Charme de rétro nostalgie aux allures d’une mode d’hier transfigurée par les coupes très élaborées de Nana Aganovich.

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Originalité du stylisme avec des mannequins aux allures atypiques avec coiffures de couleur et coiffes sophistiquées (Stephen Jones).

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Une vraie collection couture par le travail tout en conservant la signature stylistique d’un duo qui crée depuis une dizaine d’années. Une mode en déconstruction et reconstruction au parfum de vieille Angleterre (pas péjoratif). Une collection éminemment poétique, une bulle de plaisir à déguster sans modération.

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