Le pouvoir des fleurs, Pierre-Joseph Redouté

8. Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841) Cactus cochellinifer-pl39-1837-Paris-museum national dhistoi

 

Longtemps j’ai associé Redouté à un dessin de rose répétitif, ennuyeux que je vendais à la librairie de ma mère. Jamais je ne m’étais penchée sur son oeuvre avec intérêt et attention. Aujourd’hui l’exposition du Musée de la vie romantique me donne une vision différente de l’oeuvre de Pierre-Joseph Redouté.

10. Pierre-Joseph RedoutÇ (1759-1840), Fleurs _ roses trÇmiäres-raisins et le lori cramoisi-1836 Pari

Né à Saint Hubert (Ardennes) en 1759 (aujourd’hui en Belgique), il étudie les rudiments de la peinture en Flandres et en Hollande et puis s’installe à Paris en 1783. Membre de la société linnéenne parisienne, son oeuvre est autant scientifique qu’artistique. Avec son style précis et ses sujets botaniques, il a beaucoup contribué au goût des fleurs dans la bonne société de son époque. Passe la révolution et ses soubresauts. Redouté continue son oeuvre. Apprécié par Joséphine Bonaparte, il lui dessine des recueils.

 

7. Pierre-Joseph Redoute (1759-1840)-1803-Paris musee national dhistoire naturelle

 

Pour ses planches botaniques, il se fixe des règles : « exactitude, composition et coloris ». Son premier grand ouvrage est une Histoire des plantes grasses avec leurs figures en couleurs et des textes descriptifs d’Augustin Pyrame de Candolle. Un thème en deux ouvrages publiés en 1799 et 1805. Suivront Les Liliacées (de 1802 à 1816) pour lesquelles Redouté réalise 486 aquarelles qui seront gravées par 18 artistes ; l’ouvrage sera dédié à l’impératrice.

6. Pierre-Joseph RedoutÇ (1759-1840) Stirpes novae Arenaria balearica-pl 15-1748-Paris MusÇe national%

Redouté consacre ensuite une part importante de son travail à son grand projet sur les roses avec la publication de recueils qui recensent, à partir de 1813, un nombre important de variétés. Plusieurs volumes seront publiés entre 1817 et 1824.

Après 1830 et la création de la Belgique, il est fait chevalier de l’ordre de Léopold et dédie à la reine des Belges son Choix de soixante roses.

À Paris, il sera nommé Maître de dessin du Muséum. S’il connaît la gloire, son style finira par tomber en désuétude et sa fin sera entachée d’importantes difficultés financières.

L’exposition montre des planches de ses ouvrages, des aquarelles d’une précision remarquable et ses huiles.

Autour de Redouté, d’autres artistes sont présents ainsi Antoine Berjon, Jean-François Bony (avec notamment un projet pour un écran brodé du Musé des Tissus et textiles de Lyon (pensées pour ce Musée en péril).

Surnommé le Raphaël des fleurs, Redouté peintre botaniste a beaucoup travaillé l’aquarelle reproduisant avec force détails les fleurs et donnant leur nom scientifique.

Dans le jardin du musée, pour compléter l’exposition, des oeuvres contemporaines autour de la nature ainsi Bubonneuse, en grès et porcelaine d’Agnès Debizet. Stéphanie Martin, Verdure, Porcelaine, câble et laine, poétique « coeur qui bat ».

Une exposition en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle et un parcours contemporain avec les ateliers d’Art de France.

1. PJ RedoutÇ (1759-1840) Fritillaire impÇriale-1807-Paris MNHN ∏ MNHN_Dist. RMN

Tout ça c’était Hyères *

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Désormais une institution, le festival international de mode et de photographie d’Hyères s’est ouvert cette année aux accessoires avec un nouveau prix et a célébré Schiaparelli via une très belle exposition des créations de Bertrand Guyon. Sous la houlette de Jean-Pierre Blanc depuis 32 ans s’anime la ville de Hyères autour de la mode tandis que les expositions s’installent dans le magnifique lieu qu’est la Villa Noailles.

Pour les prix mode ont été sélectionnés dix stylistes.

Danial Aitouganov, Pays-Bas/Russie. The second Sex, une collection femme haute en couleurs et fantaisie avec des imprimés bariolés ainsi une silhouette à pois démesurés.

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Hermione Flynn, Nouvelle Zélande. Une collection homme architecturée avec des accents de démesure.

Gesine Försterling, Allemagne. Work, une collection aux motifs retravaillés en broderies artisanales. Lauréate du Prix Chloé.

Hyunwoo Kim, République de Corée. Stranger by the Garden, une collection femme, fantaisie des couleurs, superpositions.

Maria Korkeila, Finlande. UnderWraps, une collection homme avec l’humour d’une situation où sont épinglées des silhouettes de femmes façon pin up. Mention spéciale du jury.

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Mariana Ladreyt, France. Planisphère, collection homme avec volumes surdimensionnés où s’invitent le sport et ses codes. Inspirées d’une toge antique ses formes jouent le drapé en volume.

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Vanessa Schindler, Suisse. Urethane Pool, Chapitre 2, une collection avec la mise au point d’une technique qui fusionne plastique et textiles. L’utilisation de polymère liquide (uréthane) permet de composer des formes quasi biomorphiques donnant un côté méduse (façon « gomme ») et de supprimer la couture. Une recherche qui a permis à la créatrice de devenir la lauréate du jury (Président Bertrand Guyon), Première Vision et également prix du public.

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Marine Serre, France. « Radical call for love », une collection femme au clair de lune en motif de croissant qui se répète ainsi sur les bras tatoués en trompe-l’oeil, poétique.

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Lotte Van Dijk, Pays-Bas. Atelier, une collection femme avec déstructure des textiles, effilochage dans une gamme blanc- bleu.

Fuhong Yang, Chine. Retouche, une collection femme avec effets de bi-matières, ouvertures, jeux de transparences où le corps se dévoile.
Cette année un prix accessoire (président du jury Pierre Hardy) a distingué les étonnantes chaussures de Marina Chedel. À noter aussi les originales lunettes d’Emma Montague et les chapeaux fantaisie de Sofya Samareva. Wendy Andreu a remporté le prix du public pour ses sacs et chapeaux.

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Parmi les dix photographes, le prix du jury présidé par Tim Walker a récompensé l’Irlandais Daragh Soden pour sa série sur la jeunesse dublinoise. Le prix American Vitage a été attribué à Luis Alberto Rodriguez également lauréat du prix public. Le prix de la nature morte est allé à Roos Quakernaat.

Bus Couple, 2014

Un espace permettait aussi de (re)découvrir le travail de participants d’éditions précédentes. The Formers, des créateurs qui continuent leur périple dans la mode avec leurs marques. Liselore Frowijn qui défile à Paris était présente avec sa collection futuriste et colorée. Le Japonais Kenta Matsushige et ses formes de manteaux superbement architecturés. Marit Ilison venue d’Estonie et son travail sur une laine bouillie dans de subtiles couleurs décorée de motifs en volutes. Le Japonais Wataru Tominaga, présent aussi en clôture des défilés, avec sa fantaisie débordante et sa belle énergie haute en couleurs. À découvrir aussi sa collaboration avec Petit bateau.

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Un oeil sur la couture avec l’exposition Schiaparelli et le magnifique travail réalisé pour la maison par Bertand Guyon dans une très jolie installation dans la piscine de la Villa Noailles sur laquelle flottait un drapeau rose shocking.

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Et cerise sur le gâteau, les conférences avec la fédération française de la couture, du prêt-à-porter… Ainsi les rencontres, via l’entremise de Pierre Joos, avec deux grands talents de la mode : Marc Audibet et Joséphus Thimister.

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*Avatar d’un titre de Claude François en 1964

 

Photos Jérémie Leconte

Balenciaga, l’oeuvre au noir

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Parfum de mystère alchimique autour du titre de l’exposition Balenciaga au Musée Bourdelle (Galliera hors les murs).

Si le lieu se prête admirablement au jeu de la confrontation entre mode et art, ce n’est pas une première. Les salles du musée avaient déjà servi magnifiquement d’écrin à l’exposition des modèles de madame Grès.

Né en Espagne, Cristobal Balenciaga apprend le métier de tailleur et ouvre sa première maison en 1917 à San Sebastian. Plusieurs maisons suivront. Mais la politique en Espagne le conduit à quitter son pays en 1936. Installé à Paris, il y ouvre sa maison en 1937. Son style s’affirme, s’impose, architecturé, construit. Il imagine sa ligne Tonneau en 1947.  En 1958, il dessine sa première robe sac. Il crée en 1960 la tenue de mariée de la future reine Fabiola de Belgique. Après une dernière collection présentée en 1968, la maison est fermée et le couturier repart pour l’Espagne.

Veste et jupe. Tailleur

Au musée Bourdelle s’instaure un dialogue entre la géométrie architecturée des vêtements et la puissance des sculptures. Ainsi le Grand guerrier face à une robe ou le Centaure mourant et deux vêtements en suspension.

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Ébauches et construction dessinent une approche de l’oeuvre en devenir avec des patronages, des toiles prêtes à être découpées. Les repères signent les lignes de découpes ; juste crayonnées en blanc, les piqûres pour la machine ; les couleurs pour les aplombs. Des dessins, des silhouettes, ébauches d’un style.

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Coupes strictes des tailleurs, des manteaux, volume des capes, mais aussi importance du chapeau qui ponctue la silhouette, la surplombant avec élégance.

Chapeau

Le choix du noir est chez Balenciaga une évidence. Majestueux, il s’impose avec force. Place à la forme, l’oeil n’est pas distrait par la couleur et se centre sur le style.

En 1938 Harper’s Bazaar notait : « Ici , le noir est si noir qu’il vous frappe comme une gifle, c’est un noir épais, espagnol, presque velouté, c’est une nuit sans étoiles, tout autre noir paraît presque gris ».

Balenciaga s’attache à des tissus qui ont du caractère, les travaillant dans leur complexité, explorant, exploitant leurs particularités. Le choix des tissus induit les formes, les coupes, ainsi le gazar avec des plis, le taffetas chiffonné, le crêpe pour le mouvement… Avec l’architecture des formes, la géométrie, le vêtement va vers l’abstraction, oubliant le corps pour juste l’envelopper, quitte à le masquer.

50 nuances de noir avec formes structurées, noir drapé, dans des jeux d’ombre et de lumière. Quant à la transparence suggérée par les dentelles, elle fait vibrer la non couleur et dessine un lien avec le pays d’origine du couturier.

Robe

En opposition au noir, son pendant, l’autre non couleur aussi s’exprime mais juste en touches. Un éclat de blanc en étole sur les épaules, en tissu drapé sur l’encolure. Une pointe de rose en ponctuation, en ceinture nouée.

Robe

Le noir de Balenciaga se situe entre deux mondes. Entre le noir d’une tradition historique qui va des vêtements d’un modeste clergé à des tenues de deuil en Occident et le noir de la mode contemporaine révélé notamment par la puissance créatrice des designers japonais depuis les années 80 en passant par la case anarchique du punk.

Pour Balenciaga : « Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure ».

Un monde majestueux à découvrir au musée Bourdelle.

 

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Photos in situ Pierre Antoine

The Vulgar

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LONDON, ENGLAND – OCTOBER 12: The Vulgar: Fashion Redefined, Barbican Art Gallery, 13 October 2016 – 5 February 2017 on October 12, 2016 in London, United Kingdom. (Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery)

Exquise exposition sauce anglaise sous le titre The Vulgar (Fashion Redefined) à Londres. Là où l’on pouvait s’attendre à découvrir du mauvais goût, de la vulgarité, l’exposition donnait à voir des vêtements plus beaux les uns que les autres. La définition du mot serait-elle différente chez Shakespeare ? Apparemment non. Le sens, dans les deux langues, est proche de l’actuelle acception qui remonte au 17e siècle. Si vulgar s’approche dans le sens de common, qu’est ce qui peut rendre la perception du vulgaire ? C’est l’oeil qui analyse, décide et qui juge.

« The vulgar exposes the scandal of good taste » dans une exposition qui tente de montrer que nombre de créateurs n’ont eu de cesse de repousser les frontières, les limites de la création pour provoquer. Au fil du temps, la notion de vulgaire a évolué, intégrant ce qui avait pu être vulgaire à une époque et allant jusqu’à lui donner plus tard une nouvelle noblesse ainsi l’éventail. Dans les années 60 Mary Quant avait une jolie définition du mot : « People call things vulgar when they are new to them ». La vulgarité serait-elle parfois liée à cette notion de nouveauté, d’inédit ? La nouveauté intrigue, interpelle, choque parfois. Et puis le temps oeuvre et assimile

Souvent la relation avec le corps définit la vulgarité dans l’excès. Trop de peau, trop de parures, trop de richesses, trop de volumes, trop de couleurs… La vulgarité de l’excès ? Les questions se bousculent.

 

L’exposition se découpe en 11 thèmes.

  1. Translating the vulgar. Le vulgaire dans ses essais pour s’inspirer du passé, pour l’intégrer dans une nouvelle histoire. Se tourner vers d’autres civilisations. L’antiquité de nouvelles déesses fut à maintes reprises réinterprétée. La robe Casanova de Karl Lagerfeld pour Chloé et les drapés antiquisants de madame Grès ou plus contemporains de Sophia Kokosalaki réécrivent l’antiquité dans le temps présent.
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LONDON, ENGLAND – OCTOBER 12: The Vulgar: Fashion Redefined, Barbican Art Gallery, 13 October 2016 – 5 February 2017 on October 12, 2016 in London, United Kingdom. (Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery)

 

La nudité ? L’ambiguïté du paradis perdu où le vêtement devient pêché et où paradoxalement la nudité symbolise la pureté. Recréation en mode avec Walter van Beirendonck et ses trompe-l’oeil de corps humain bodybuildés, poilus ou aussi parfois scarifiés, percés… Vivienne Westwood et ses corsets aux motifs de tableaux de Boucher pour gorges déployées ou sa combinaison baptisée Ève, un collant chair oblitéré d’une pudique feuille cache sexe. Trompe-l’oeil toujours avec Schiaparelli d’hier et d’aujourd’hui. Margiela et son imprimé sequins.

Art et mode avec notamment l’iconique robe Mondrian d’Yves Saint Laurent, oeuvre entre deux mondes.

  1. Showing of. L’exubérance de tenues sophistiquées, imposantes dans un volume complexe, dans la création, le décorum. Des robes magnifiques de Jeanne Lanvin, de Christian Lacroix… Jusqu’à la collection Van Gogh des Viktor et Rolf et leurs extravagantes robes bucoliques sous chapeaux épis de paille.
  2. Puritan. Si la vulgarité réside dans l’excès, elle peut aussi, même sous un voile de pudibonderie, montrer des signes discrets de son existence. Ainsi les robes puritaines du 17e siècle, sombres, modestes, austères, mais qui avec l’ajout d’un col de dentelle invitent la féminité voire la séduction.
  3. Extreme bodies. Le vulgaire est créé, il n’existe pas à l’état naturel que ce soit parmi les végétaux, les animaux… Pas vulgaire au départ, le corps humain ne le devient que par des choix de vêtements, par des assemblages. La vulgarité est aussi souvent associée au sexe, à la notion de trop montrer. En mode, cela peut se traduire par un jeu sur les (dis)proportions. Corps (sur)exposés chez Pam Hogg avec tenues en lanières de cuir et une approche d’une vision fétichiste de la mode. Le costume de bain est provocation chez Rudi Gernreich qui ose lancer dans les années 60 un monokini, soit juste une culotte, des bretelles croisées et les seins à l’air.
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    LONDON, ENGLAND – OCTOBER 12: The Vulgar: Fashion Redefined, Barbican Art Gallery, 13 October 2016 – 5 February 2017>> on October 12, 2016 in London, United Kingdom. (Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery)

    Jeux de dentelles, provocation de la transparence. Corps amplifiés, exagérés de Walter van Beirendonck avec éléphant crinoline. Faux-cul de Vivienne Westwood dans ses collections de mode inspirées du passé et dans la forme du sac imaginé pour Vuitton.

  4. Too popular. Là le choix de la culture pop entraîne vers le quotidien. Démultiplication de la boîte de soupe Campbell iconisée par Andy Warhol et qui devient robe en non tissé quasi jetable. Jeremy Scott et ses divagations autour de l’univers et des couleurs jaune et rouge de Mac Donald pour Moschino en vêtements et accessoires (sac, étui de téléphone…).
  5. Common. Le plus simple, le plus commun, le plus utilisé, un tissu rebattu comme le denim, père du jean mais qui peut être réinterprété dans une autre dimension avec une création, un style pour échapper à sa banalité et à sa modeste condition. Ainsi des modèles de Miu Miu, Vuitton…
  6. The vulgar tongue. Retour aux sources d’un langage commun, de traditions populaires comme le choix de Christian Lacroix de revivifier son pays d’Arles avec des traditions provençales revisitées et transformées en sublimes créations couture. Un exquis retour aux sources, une plongée dans les us et coutumes.
  7. Impossible ambition. L’aspiration à être quelqu’un d’autre avec l’aide, le support d’un vêtement qui permet de changer de catégorie. Ambition sociale certes, mais aussi rêveries les plus folles pour atteindre un monde imaginaire comme avec Undercover pour qui la mode est particulière, extravagante et originale : « We make noise not clothes ». Galliano pour Dior a multiplié les échappées belles vers d’autres mondes, l’histoire, l’exotisme, Pocahontas… un maître de l’évasion.

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    LONDON, ENGLAND – OCTOBER 12: The Vulgar: Fashion Redefined, Barbican Art Gallery, 13 October 2016 – 5 February 2017 on October 12, 2016 in London, United Kingdom. (Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery)
  8. Os and spangles. Les corsets du passé dans les tissus les plus précieux. Un accessoire qui reprend vie et s’exhibe comme chez Jean Paul Gaultier. Chez Prada une collection qualifiée de post moderne, collage d’éléments, assemblage hétéroclite et coloré (ce mélange n’est d’ailleurs pas sans faire songer aux créations Jean Charles de Castelbajac bien des années plus tôt). Et des paillettes en veux-tu en voilà.
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    LONDON, ENGLAND – OCTOBER 12: The Vulgar: Fashion Redefined, Barbican Art Gallery, 13 October 2016 – 5 February 2017 on October 12, 2016 in London, United Kingdom. (Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery)

     

  9. The new baroque. Là où l’excès devient la norme dans des collections extravagantes. Nicolas Ghesquière pour Vuitton associant toile de Jouy et métal. Iris van Herpen et ses sublimes créations futuristes avec matériaux atypiques, plastique, métal…
  10. Ruling in and ruling out. Les codes, l’étiquette, les lois somptuaires. Ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

 

Une sélection jubilatoire qui donne à réfléchir sur ce mot, même si les choix peuvent sembler une joyeuse auberge espagnole où le plaisir des yeux à peut-être induit la réflexion. En tout cas cette exposition ne peut qu’inciter à regarder la mode avec davantage d’indulgence pour ceux qui créent, qui osent… L’échelle des valeurs d’une quelconque appréciation n’ayant rien d’universel.

Et une dernière pirouette de Jenny Holzer sur la route de la vulgarité : « Money creates taste ».

The Vulgar: Fashion Redefined Installation Images

 

L’exposition est finie, mais demeure un très intéressant catalogue nourri de textes et suivi d’interviews de Stephen Jones, Walter van Beirendonck, Zandra Rhodes, Manolo Blahnik, Pam Hogg, Christian Lacroix et Hussein Chalayan.

Photo by Michael Bowles/Getty Images for Barbican Art Gallery

Attar, l’Inde au parfum

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Au coeur du vieux Delhi, à quelques pas de la grande mosquée Jama Masjid, dans une ruelle étroite où se croisent vaches sacrées et motos pétaradantes se découvre une boutique ancienne, vitrine de la vénérable maison Gulab Singh Johrimal. À sa création en 1816, seuls des attars étaient fabriqués. L’installation d’une boutique dans la petite ruelle Dariba Kalan a ajouté des savons, des encens pour satisfaire les demandes des consommateurs. Dans les étagères de bois, des flacons de verre colorés et décorés sont prêts à se remplir.

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Développés par des parfumeurs locaux et parfois avec des recettes ancestrales, les attars ont la particularité d’être des parfums sans alcool et utilisent le plus souvent une base d’huile de bois de santal. Haut de gamme, les attars sont composés d’ingrédients naturels obtenus par distillation. Ces parfums scandent le temps et se découvrent au fil des saisons. Ainsi Attar Gil rend hommage à l’été, un parfum à l’odeur de terre juste touchée par le frisson des premières moussons. Attar Gulb magnifie la rose, reine des fleurs. Champa pour la fleur de champaca, une sorte de magnolia à fleur blanche ou jaune aux effluves parfumés. Ruh Khus, un vétiver vert. Rajanigandha pour la vénéneuse et enivrante tubéreuse. Hina, une histoire ancienne pour ce bel oriental élaboré autour d’épices comme le safran ou encore cardamome, genévrier, muscade… Certaines épices sont parfois aussi grillées. Le Hina se compose selon différentes recettes familiales jalousement préservées. Rien de chimique dans les véritables attars, du naturel et pas d’alcool. Les ingrédients proviennent le plus souvent de L’Uttar Pradesh où se situe la ville de Kannauj, sorte de Grasse indienne. Là, de façon encore très artisanale, se distillent les pétales à la vapeur, dans des pots de cuivre, passage dans des tuyaux de bambou pour finir dans l’huile de santal.

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Si les attars sont la spécialité et le haut de gamme, la boutique offre aussi une sélection d’essences pour le plaisir d’exercer son nez à (re)connaître des odeurs comme citronnelle, basilic, cannelle, menthe, genévrier, géranium, muscade, poivre noir, mais aussi des agrumes, des fleurs (somptueuse tubéreuse).

Un lieu hors du temps pour une parfumerie qui s’honore de plus de deux cents ans d’existence et oeuvre au maintien des traditions d’une parfumerie indienne qui a aussi droit de cité dans le kamasutra…

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L’homme plissé

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 02

 

Le printemps rougit aux couleurs de Shunga dans la collection de L’Homme plissé chez Issey Miyake. Estampes érotiques japonaises, elles occupent une place à part dans l’ukiyo-e (images du monde flottant). La plupart des grands artistes japonais en ont réalisé. Il y a une quarantaine d’années Pierre Cardin organisait une exposition d’oeuvres d’Hokusai que les amateurs découvraient dans une pièce sombre, lampe de poche de voyeur à la main. Il y a quelques années l’espace Cardin donnait à voir Le silence de l’amour et montrait à nouveau ces estampes. En 1976 ce sont les éditions de L’Office du livre qui publièrent le chant de l’oreiller ou l’art d’aimer au Japon autour de ces estampes particulières. En 2013 une exposition au British Museum s’intitulait Shunga : Sexe et plaisir dans l’art japonais. Sulfureux au Japon pendant très longtemps, cet art a d’abord trouvé en Occident ses cimaises.

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 03

L’Homme plissé a choisi différents artistes et a opté pour une gamme de couleurs sourdes. Utamakura (Poème de l’oreiller) par Utamaro, délicieuse femme en kimono magnifiant peau, chevelure, nuque… Tako to ama (Le rêve de la femme du pêcheur) d’Hokusai représente une femme retenue par deux poulpes (tako). Nishiki Azuma, un autre Hokusai, scène d’amour. So no maki de Kiyonaga représente deux corps entrelacés. Imprimés, ces motifs prennent corps et vie sur des vêtements mis en mouvement avec des danseurs de voguing photographiés par Charles Negre sous la direction artistique de Pascal Monfort et une vidéo.

HOMME PLISSÉ ISSEY MIYAKE - Spring Series 04

Des vêtements du quotidien, pratiques, juste animés de fantaisie et d’une pointe de soufre venue d’un Orient extrême.
 

Kimono, au bonheur des dames

 

 

EDO-021AVêtement japonais, le kimono (« chose à porter ») existe dans l’archipel depuis des siècles. Une exposition au musée Guimet le célèbre, notamment au travers de la collection Matsuzakaya.

Fondée en 1611, la maison Matsuzakaya a joué un rôle éminent dans la production et aussi l’essor du kimono au Japon. Les pièces les plus emblématiques ont été soigneusement conservées et une partie est aujourd’hui donnée à voir à Paris (certains kimonos aux couleurs fragiles ne sont montrés que l’espace de quelques jours).

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À l’origine appelé kosode, ce vêtement était une pièce de dessous avant de s’exprimer à l’extérieur jusqu’à devenir de plus en plus précieux, de plus en plus riche (broderies, motifs, fils d’or….). L’ample forme en T du kimono suggère un espace entre le corps et son enveloppe. Cette conception distingue profondément le kimono du vêtement occidental plus enclin à épouser et à souligner les courbes du corps. De nombreux motifs égrènent les saisons, célèbrent la nature, la flore, la faune, les paysages…

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Détails réalistes, mais aussi motifs stylisés ainsi l’eau, tout en sinuosités.

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Techniques de broderies mais aussi shibori…

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Le kimono est porté aussi lors de cérémonies avec des symboles, des couleurs précises comme pour le mariage ou les fêtes qui rythment les différents âges de l’enfance. L’obi est l’accessoire complémentaire, une longue pièce rectangulaire de tissu qui se noue savamment (différents types de noeuds) et vient ceindre le kimono avec élégance.

L’exposition donne à voir des dessins qui représentent les magasins de kimono avec les pièces de tissus précieux (les kimonos sont souvent très chers). Autour de la sélection des pièces de la collection Matsuzakaya, des paravents, porte-kimonos, livres, estampes, accessoires de coiffure complètent la parure et l’histoire de son environnement raffiné.

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En Occident à la fin du XIXè siècle s’est invité le Japon. Avec le magasin de Samuel Bing (« L’art japonais ») et l’intérêt des frères Goncourt pour cette culture, toute une vague de japonisme déferle en Europe. Le kimono est parfois adopté en tenue d’intérieur. À plusieurs reprises la mode occidentale s’empare de son esprit et de sa forme avec Paul Poiret, grand amateur d’exotisme, mais aussi Madeleine Vionnet.

Une dernière partie de l’exposition donne à voir les réinterprétations contemporaines avec les créateurs japonais qui s’en inspirent et sont partis à la redécouverte de leur patrimoine comme Kenzo, Yohji Yamamoto.

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Junko Koshino a créé des kimonos d’exception dans une vision contemporaine et très luxueuse de ce vêtement traditionnel. Haori matsu en organdi de soie et motifs de branches de pin avec tissu imprimé de feuilles d’or et le choix de porter l’obi devant. Oiran en hommage au nom d’une célèbre pièce de kabuki, pour femme galante avec obi noué devant. Suminagashi avec la technique des encres flottantes dessinant d’exquises marbrures.

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Les contemporains occidentaux se sont aussi inspirés du kimono et de cette forme particulière en T avec manches flottantes et parfois très longues. Extraordinaires réinterprétations de John Galliano pour Dior, mais aussi des créations inspirées, robes de Jean Paul Gaultier, Yves Saint Laurent, Frank Sorbier…

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Un vêtement intemporel pour une délicieuse plongée dans un passé extrême oriental autour d’un mot à tout jamais lié au Japon.