Prix LVMH

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Cap sur l’Asie avec la cinquième édition du prix LVMH pour les jeunes créateurs de mode qui consacre cette année un talent du Japon et l’autre de Corée.

Venus de 90 pays, 1 300 inscrits ont proposé leurs dossiers pour le prestigieux et généreux (300 000€) prix. Après les différentes sélections, les finalistes défendent leur projet sous forme de grand oral, une des questions portant sur la finalité de la dotation. Le dernier jury est essentiellement composé des directeurs artistiques des maisons du giron LVMH : Nicolas Ghesquière (Louis Vuitton), Maria Grazia Chiuri (Dior), Karl Lagerfeld (Fendi), Clare Waight Keller (Givenchy), Humberto Leon et Carol Lim (Kenzo) ; J.W. Anderson (Loewe) ainsi que Delphine Arnault, Jean-Paul Claverie et Sidney Toledano.

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Lauréat du Grand prix, le Japonais Masayuki Ino a nommé sa marque Doublet. Le créateur définit son style par « humour, étrangeté, confort ». Dans un esprit sportswear coloré, des imprimés bariolés plastifiés. L’humour en clin d’oeil, l’ajout d’un grand crocodile sur une chemise ou encore des tee-shirts à réhydrater présentés dans des emballages à l’image des fameuses cup noodle japonaises (une institution dont Arnold Schwarzenegger a longtemps assuré la promotion). Dans un esprit dry cleaning une présentation sur cintre avec tissu compressé qui, une fois mouillé, se transforme en chemise. Une démarche ludique pour faire évoluer le merchandising un peu classique du vêtement. Un style dans l’air du temps, mais travaillé dans le concept, les matières et les détails. Tout juste proche de la limite d’âge pour le prix, le créateur a créé sa marque en 2012 en collaboration avec Takashi Murakami dans un esprit unisexe et avec un mélange de culture occidentale et orientale.

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Le jury a cette année décidé de la remise d’un deuxième prix, un prix spécial (150 000€) à Rok Hwang et son label Rokh. Après un passage chez Céline, le créateur coréen a décidé de lancer sa marque. Il reprend des basiques de la mode occidentale comme le trench, le duffle-coat et les déstructure et les reconstruit en découpes avec des attaches. Des classiques twistés.

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Un été vintage

Brigitte à Saint tropez

 

Antiquaire de mode, Didier Ludot installe ses quartiers d’été au Château de L’Ange à Lumières en Provence chez Edith Mézard. Il a sélectionné, parmi ses trésors, une thématique autour de lieux de villégiature et les a associés, en clin d’oeil, à des prénoms évocateurs.

En juin, escapade à Biarritz autour de l’idée de chic intemporel. C’est Gabrielle et évidemment des panoplies Chanel, mais aussi des classiques avec des sacs Hermès.

Gabrielle à Biarritz

Juillet vogue vers le soleil de Capri et les figures de la jet set. Jackie va choisir Pucci et ses imprimés vifs et colorés. En accessoire, un petit côté bohême avec des paniers d’osier.

Jackie à Capri

Août sera festif à Saint-Tropez avec Brigitte. Des robes à imprimés vichy, mais aussi la saharienne d’Yves Saint Laurent, chapeau de paille et petits sacs vintage.

Septembre, retour vers Deauville, les planches et les champs de course. Là, c’est le souvenir d’Anouck. Des tons d’un futur automne, beige, marron, vert et des imprimés « cavaliers » avec Jacques Esterel. En accessoires, sacs Chanel ou Dior et ceinture Hermès.

Anouk à Deauville

Et, cerise sur l’été, la passion de Didier Ludot pour la petite robe noire s’illustre avec l’édition de deux modèles créés par Felix Farrington autour de cet événement, Palais-Royal (le repaire de Didier Ludot) et Château de l’Ange (l’escapade estivale).

 

Pour compléter l’univers mode, Francis Kurkdjian a sélectionné des parfums dans sa collection pour incarner l’esprit des lieux.

Saint-Tropez : Petit Matin et Grand soir en eau de parfum et Bougie Tamaris. Sur Capri flotte l’Aqua Celestia. Deauville galope avec l’Aqua Universalis et Biarritz se rafraîchit avec Aqua Vitae.

 

Panoplies vintage d’un bel été.

Bijoux d’artistes

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Parmi toutes les catégories de bijoux allant de la joaillerie à la fantaisie, il y en a une à part et exceptionnelle, celle des bijoux d’artistes. Diane Venet en a composé une collection qui est aujourd’hui exposée au MAD.

 

Née spontanément, la collection de Diane Venet a une origine romantique : son époux, le sculpteur Bernar Venet a enroulé une baguette d’argent autour de l’annulaire pour en faire une alliance… C’est le point de départ d’une collection que Diane Venet a assemblée depuis 1985. « Ces bijoux sont aussi pour les artistes l‘occasion de se confronter à des contraintes de matériaux ou d‘échelles différentes ».

Les artistes se sont approchés du bijou un peu comme une récréation, un geste de fantaisie mais seuls quelques uns les ont réalisés par eux mêmes : Harry Bertoia, John Chamberlain, Louise Nevelson ou Alexandre Calder.

 

Des ateliers

Le plus souvent les bijoux sont réalisés dans des ateliers ainsi celui de François Hugo (descendant de Victor) qui prend le relais pour transformer les intentions artistiques en bijoux. Il commence avec Derain pour qui il crée un Faune, une Crétoise, des Têtes. Il travaille aussi pour Picasso, pour Jean Arp avec des découpages biomorphiques et pour Max Ernst avec masques et têtes.

En Italie, l’atelier de GianCarlo Montebello (Gem Montebello) avec six joailliers, orfèvres et émailleurs a travaillé avec une quarantaine d’artistes dont Man Ray, Pol Bury, Meret Oppenheim, Niki de Saint Phalle, Soto, Arman, Matta.

À partir des années 70 Artcurial a lancé des éditions avec notamment des créations de Berrocal ou Sonia Delaunay.

 

Une collection idéale

Depuis le surréalisme et Dada, les choix de Diane Venet couvrent pratiquement tous les grands mouvements de la scène artistique au travers des réalisations de 150 artistes.

Des bijoux de Dali avec des boucles d’oreille en forme de téléphone : Persistance du son ou une broche à cheveux : Montre petite cuillère.

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De Léonor Fini, des bijoux oniriques avec des cornes torsadées comme celles que portait l’artiste en ornement de tête.

Man Ray, des bijoux gros plans de visages dont des pendentifs spirales qu’arborait Catherine Deneuve dans Belle de jour et un masque Optic Topic comme un loup de carnaval.

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Dorothea Tanning avec Miss Octopus, au potentiel érotique.

Niki de Saint Phalle avec des broches nana, un visage en collier.

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Fontana, le spatialiste italien multiplie les entailles, les perforations.

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Penone pose l’empreinte de sa main sur une feuille d’or, en collier.

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Orlan avec une de ses self-hybridations, avatar en broche : Tête de Fou.

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Louise Bourgeois avec une araignée broche « Maman » et   un collier Barre de métal pour enserrer, emprisonner le cou de la femme qui va le porter.

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Raymond Hains avec Seita 1, une broche en pochette d’allumettes.

Jacques Villeglé loin de ses affiches ici avec son alphabet socio-politique, des symboles de yens, euros et dollars.

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Les mouvements artistiques se reflètent à petite échelle dans ces créations. Le Pop art avec Rauschenberg et son american way of life ou l’esprit bandes dessinées de Lichtenstein.

L’art cinétique avec Bury, le magnétisme avec Takis…

Et évidemment les bagues de Bernar Venet.

Une magnifique exposition, au MAD jusqu’au 8 juillet.

 

 

 

-Niki de Saint Phalle, Broche Nana, 1973, émail, édition Gem Montebello Collection Marina Karella © Sherry Griffin, Brooklyn

-Lucio Fontana, Bracelet Elisse Concetto Spaziale, 1967, édition 5/150 par Gem Montebelloargent, laque, Collection Diane Venet © Philippe Gontier, Paris

-Orlan, Broche Tête de fou, 2010, or, argent, édition 1/8 Arcas, Collection Diane Venet  © Sherry Griffin, Brooklyn.

-Salvador Dalí, Broche Cuillère avec montre-peigne, 1957 or, émail, édition de 6, Collection Diane Venet © Philippe Servent, Paris

Rick Owens

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Subhuman, Inhuman, Superhuman… tel est le titre de l’exposition de Rick Owens à Milan dans le cadre de la Triennale.

Créateur américain, Rick Owens défile désormais à Paris depuis de nombreuses années. Se découvre aujourd’hui la première rétrospective de son travail autour de la mode.

Une grande larve, un magma noir en suspension traverse les salles d’exposition. Une forme tellurique composée de béton, de fleurs, de sable de Venise (où il sera enterré) et aussi des cheveux du créateur (cheveux noirs en hommage à Joe Dallesandro). Surnommé « Primal howl », un hurlement primitif, l’installation incarne la métaphore de « l’éternel mouvement de la création qui conduit l’humanité vers le bien ou le mal… »

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20 ans de mode mise en perspective par le créateur lui-même. Pas de chronologie, mais des groupes de vêtements, des associations et en projection des vidéos des défilés les plus remarquables.

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Une mode authentique, brute, avec des pièces confortables. Un travail sur le drapé composant des silhouettes quasi antiques. Des matières stretch pour le confort. Une mode organique dans une gamme de couleurs sourdes, sobres avec des beiges, des marrons, du noir. Un côté brut primitif d’un style jouant sur la construction, la déconstruction. Des inspirations de Rick Owens autour de grands artistes comme Marcel Duchamp avec l’esprit des ready-made, du détournement mais aussi Manzoni, Pierre Molinier ou encore Stéphane Mallarmé.

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Parmi les autres mots qui parfois s’invitent autour du style de Rick Owens, le grunge, et pourtant souvent ses vêtements se découvrent « faciles » et intemporels. À Milan «  The lord of darkness » est dans la lumière, une lumière qui lui va bien.

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Akris

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Sous les auspices de dessins d’Egon Schiele, la collection Akris plonge dans la Vienne du début du XXe siècle. Tout un monde d’hier avec des figures majeures comme Freud ou Klimt, mais aussi de femmes qui jouèrent un rôle comme Alma Mahler ou Berta Zuckerkandl qui tenaient salons. Sans oublier la photographe Madame d’Ora et ses magnifiques portraits de femmes.

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Albert Kriemler a choisi de célébrer cet esprit de liberté qui régnait et l’émancipation féminine en route. Cette inspiration se traduit en mode par des silhouettes libres de toute contrainte. Une belle association entre un bleu électrique et un vert vif. Une maille confortable, enveloppante. Des Motifs géométriques comme architecturés.

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Des imprimés à effets marbrés et un très beau motif malachite.

Élégante et contemporaine, la collection conserve un zeste de nostalgie pour l’époque avec peut-être la broderie « Stadtbahn St Gallen ». Et juste une touche d’or pour se souvenir de quelques tableaux mythiques de Klimt.

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Thom Browne

THOM BROWNE PARIS FASHION WEEK FW18 04/03/2018

 

50 nuances de gris pour un défilé excentrique et jubilatoire où le XVIIIe siècle se projette dans le XXIe siècle avec une exacerbation du corps transposé en vêtement parfois morcelé.

Ambiance école des Beaux-Arts où les élèves, toutes à l’identique, prennent la pose, pinceau à la main devant leur chevalet. Déambulent les modèles dont les tenues s’approchent de la sculpture, même si leur style flirte avec une savante déconstruction. Difficile de résister à la tentation de parler de 50 nuances de gris à propos d’une collection où tout se joue sur ce demi ton avec parfois des touches de blanc, des pointes de noir. Thom Browne a choisi pour thème « grey flannel », un basique joyeusement chahuté.

THOM BROWNE PARIS FASHION WEEK FW18 04/03/2018

Protubérances pour formes curieuses comme celles d’une Vénus de Willendorf passée au gris, au marbre, au plâtre en trompe-l’oeil. Callipyge de la saison dernière, buste démultiplié, à quel sein se vouer ? Un corps transposé, exacerbé tandis que les artifices voire afféteries déconstruisent avec humour le vêtement. Motif de mur craquelé, fissuré. Marbre pour néo Pandore.

Des coiffures (Eugène Souleiman) inspirées d’un tableau de Vigée Le Brun et aussi la rencontre à la Lautréamont entre un Brancusi et un oeuf de Fabergé pour les «chauves » voulues par Thom Browne (cheveux plaqués, lissés et pailletés).

THOM BROWNE PARIS FASHION WEEK FW18 04/03/2018

Un vêtement construit et déconstruit où le corps surgit entre dessus et dessous, où il se fige en tailleur strict mais chahuté, où il se pose en sculpture vivante. Une mise en scène parfaite au service d’une esthétique baroque saupoudrée d’humour.

 

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Comme des garçons

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Démesure, extravagance, délire, fantaisie, folie, excès… et un mot, « Camp », choisi par Rei Kawakubo, pour « expliquer » sa collection en référence à cette notion développée par Susan Sontag*. Pour la créatrice : « Camp n’est pas quelque chose d’horriblement exagéré, hors de l’ordinaire, non sérieux ou de mauvais goût. Cette collection est venue du sentiment qu’au contraire Camp est vraiment et sincèrement quelque chose de profond et de nouveau et qui représente une valeur dont nous avons besoin ».

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Dans la collection, des superpositions, de l’accumulation, des nuages de tulle. L’empilage de couches de tissus vient composer d’extravagants mille feuilles. Emprisonnés, les tissus débordent, coupés à vifs, bord franc ou déchiquetés brutalement.

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Du volume, des « crinolines » et aussi des demi-vêtements abracadabrantesques. Femme fleur aux pétales bleu marine et visage au centre de la corolle sur jupons imposants.

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Patchworks de tissus, effets mats ou brillants. Demi vêtement or et noir et demi robe « flamenco » rouge et noir à volants démultipliés.

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Quelques carreaux, des fleurs désuètes, un motif de Betty Boop déconstruit; maille découpée.

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Imprimé fauve aux couleurs psychédéliques, tacheté sur fond mauve, félin mutant. Enveloppe blanche à pois rouge posée sur jupon à motif végétal.

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Des silhouettes comme des gâteaux, mille feuilles ou tranches napolitaines.

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Une collection multicolore, extravagante, baroque, anarchique et joyeuse.

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*Parmi les notes sur « Camp » publiées par Susan Sontag et dédiées à Oscar Wilde :

Le « camp » est fondamentalement ennemi du naturel, porté vers l’artifice et l’exagération.

1… L’idéal ne sera pas la beauté, mais un certain degré d’artifice, de stylisation.

6. « Camp  » ? Jean Cocteau et pas André Gide, Richard Strauss et pas Wagner.

25. La marque distinctive du « Camp », c’est l’esprit d’extravagance… Le « camp », c’est souvent la marque du démesuré dans l’ambition de l’artiste, et pas simplement dans le style même de l’oeuvre.

26 « Camp » … « en fait trop ».

41. Le « Camp » vise à détrôner le sérieux, le «Camp » est enjoué, à l’opposé du sérieux….

  1. Le « camp » nous propose une vision comique du monde.