Margiela les années Hermès

 

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Une maison cousue de fil blanc et un des plus grands créateurs de la mode contemporaine, Martin Margiela… C’était hier. Le MOMU d’Anvers met en parallèle les deux univers du créateur : sa maison établie en 1988 et ses années Hermès de 1997 à 2003. Un parcours en deux couleurs où le fond blanc, résolument MMM, se confronte et répond à l’iconique orange Hermès.

 

Incognito ?

Si la notoriété de Martin Margiela est en partie associée à son absence physique avec son choix de ne pas s’exhiber ou même se montrer et de ne pas être pris en photo, son nom est aussi absorbé dans la dénomination du vocable Maison Martin Margiela. Réalisées par fax et ensuite par mails, les interviews étaient signées d’un nous collectif qui escamotait le je. Un « anonymat » renforcé par les quatre fils blancs qui cousent les étiquettes vierges mais qui, paradoxalement, sont identifiables de dos ! Ce gommage d’une identité classique se retrouve aussi dans les défilés et les looks books où la plupart du temps les visages sont masqués, oblitérés. Un savant jeu d’absence au profit du vêtement, de la création. Les défilés avaient lieu dans des espaces atypiques (originalité et coût moindre) où les invités étaient accueillis avec du vin chaud dans des gobelets blancs proposés par une équipe en blouse blanche. Un grand coup de blanc définissait cet univers où, à l’époque du passage Ruelle, tout avait été repeint en blanc ainsi le mobilier, les escaliers… Ce blanc immaculé se répandait sur les vêtements, les chaussures, les jeans, tout s’offrait une couche de peinture blanche signature de la maison. Mais, au-delà de toute cette recherche pour identifier ou plutôt non identifier un créateur, la mode est là et demeure majeure, avec des idées, des inventions à profusion. De l’originalité, de la récup, tout un vocabulaire de nouveaux basiques… et une forme de résistance au rythme frénétique des saisons en rééditant d’anciens modèles.

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Et, sans doute dans le droit fil de la révolution provoquée par les Japonais, un sens de la déconstruction, de la déstructure. Mais là où les Nippons avaient choisi un noir sombre et dramatique (le noir des vêtements de kuroko ?), Martin Margiela choisissait son contraire, le blanc. « Le blanc se réfère à la puissance de la fragilité du temps qui passe. L’expression d’une unité, d’une pureté, d’une honnêteté. Ce n’est jamais que du blanc mais plutôt-des blancs- toutes les nuances possibles. Nous utilisons généralement du blanc mat pour que le passage du temps soit évident ».

 

Un style unique

Hyper créatif, Martin Margiela a aussi débuté en créant à partir de choses existantes. Roi de la récup, il compose un pull à partir de chaussettes, surplus de l’armée. Inventions ou réinterpétaitons, MMM a multiplié les expériences ainsi le vintage, le trompe-l’oeil… Les demi vêtements sont-ils un hommage indirect au manteau de Saint Martin ? Pour l’oversize avec notamment la collection hiver 98-99, l’utilisation d’un mannequin américain créait les modèles en taille 78 italien.

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Parmi les pièces majeures, une veste en lin dans l’esprit d’un stockman qui se portait avec des voiles montés sur bolduc façon work in progress.

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Assemblages de foulards. Hommage à Barbie avec des vêtements de la poupée américaine transposés taille humaine en respectant proportions et taille des boutons (chandail en tricot de Barbie, chemise à carreaux de Ken).

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Des idées, mais aussi des trouvailles dans les coupes, la construction du vêtement avec par exemple des détails retravaillés comme les épaules au rembourrage d’épaules « cigarette ». Pour les chaussures, une inspiration japonisante avec des dérivés de tabis transformés en souliers plats ou à talon..

 

Hermès

Chez Hermès, il oeuvre entre 1997 et 2003, des années qui ont marqué l’histoire de la maison au féminin avec une simplicité élégante traduite dans les matières les plus belles. Intimistes, les défilés se déroulaient dans la boutique du 24 Faubourg avec un casting de vraies femmes, éloigné des stéréotypes des mannequins professionnels. S’est dessinée une garde-robe simple avec des basiques monochromes, loin de l’esthétique des foulards colorés. Une palette sourde et délicate s’est composée : craie, mastic, taupe, bronze, ardoise et noir. Pour la maison Hermès, Martin Margiela construisit un vocabulaire avec ses basiques comme la vareuse avec son encolure profonde et ses interprétations de marinière. Pour certains modèles, l’utilisation d’un tissu déperlant, réfractaire à toute goutte d’eau, vêtement anti-pluie par excellence. Un série de vêtements dont la forme s’inspire de kimono dessine des modèles très longs, infroissables et ultra légers. Une garde-robe interchangeable à compléter et aussi à superposer. Pour le maillot de bain, le trikini, un trois pièces avec deux bandeaux. Les doublures des vêtements, dans des matières nobles peuvent aussi se porter seules ou en réversible avec le principe du « doublé de même ». En 1997, création d’un mythique bracelet à double tour, chic et décontraction à assortir à la Cape Cod.

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Pour les boutons, discrétion d’un bouton à six trous qui orchestre avec son fil le dessin d’un H. Loin du carré coloré, la création du Losange, foulard monochrome s’attachant façon collier.

Une esthétique assez minimaliste, mais d’une élégance magnifique, intemporelle.

 

Un autre regard …vers la couture

Martin Margiela a eu aussi l’intelligence de donner à voir ce qui n’était pas remarqué ainsi les doublures qui deviennent vêtements.

Il s’est penché sur les vêtements du passé choisis tels quels avec une étiquette donnant l’origine ou dupliqués, ce qui a donné naissance à Replica en 1994 : « Reproduction of found garnments of varying sources and periods » avec lieu et date de la découverte. L’artisanal ouvrit la voie vers la couture avec des vêtements faits main indiquant le nombre d’heures nécessaires à leur fabrication et donnant lettres de noblesse à des éléments banals : bandes Velpeau, tapisseries, chaîne en métal, étiquettes de tissus, vieux gants de cuir, capsules de bouteilles, faux cils, brides de chaussures, cartes à jouer,… Une création finalement présentée au moment de la haute couture dans l’atelier du XIème arrondissement presque façon peep-show via des ouvertures mystérieuses pratiquées dans des cabines où se mouvaient à peine d’anonymes mannequins vivants.

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Une création à deux facettes pour un même parcours, une même vision et sans hésiter un des créateurs majeurs de la mode contemporaine. Et si j’osais une hiérarchie en termes de créativité ou d’importance pour la mode contemporaine, je mettrais sans hésiter Martin Margiela en numéro deux…

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Photo expo MOMU

MMM Trompe l’oeil 1996 et Hermès Souble manteau C Stany Dederen

Photo expo MOMU

Photo Stany Dederen

Photo expo MOMU

Visuel campagne repeint par MM Photo Thierry Le Goues.

 

Hermès C Studio des fleurs. MMM Photo Giovanni Giannoni.

 

 

2 réflexions sur « Margiela les années Hermès »

  1. Margiela le magnifique avec son équipe si fidèle, dont Lutz Huelle et bien sûr l’incroyable Marina Yee, l’une des Six d’Anvers. Merci pour ce bel article

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  2. L’époque Margiela, la meilleure chez Hermès. Où l’on redoutait chaque année son départ. Merci de nous faire revivre ces collections exceptionnelles.

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