Sacai

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Collection enlevée pour Sacai. Superpositions, entremêlements de tissus, de formes. Un vocabulaire d’élémentaires, hybridés pour un résultat à la signature Sacai. Bustier dont les manches se nouent autour du corps, l’enveloppent, le drapent par enroulement, sanglant la silhouette.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Un style à la fois familier et hétéroclite dans son jeu d’assemblage. Effets démultipliés de patchworks. Ajout de dentelles. Détails de brides. Télescopage d’imprimés. Touches de sportswear avec effets coulissants. Veste « sac à dos ». Longue jupe à pans multiples.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Patchwork de jean, effiloché, non fini.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Surdose jubilatoire de motifs : camouflage, carreaux, fleurs,…

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Akris

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Collection très « arty » pour Akris par Albert Kriemler, joyeusement colorée par l’univers d’Alexander Girard. Suite à la visite de la grande exposition au Musée Vitra en 2016 consacrée au designer, Albert Kriemler a choisi de lui rendre hommage. « L’inspiration est quelque chose qui arrive, on ne peut pas la programmer ». Pour poursuivre sa découverte de l’oeuvre, il s’est aussi rendu à Santa Fe où vécut Alexander Girard ; là, il a découvert la lumière particulière du lieu.

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La couleur a évidemment la part belle dans la collection. Si Girard est célèbre pour ses poupées de bois, elles figurent majestueuses en décor du défilé Akris. Une traduction littérale dans certains modèles reprend ces effigies joyeuses et colorées. Un autre thème est le côté Plywood de l’oeuvre de Girard avec les sculptures qui se découpent par couches de bois avec des ouvertures de tailles différentes.

 

L’équivalent se retrouve en vêtement avec une superposition de tissus à ouvertures de formes biomorphiques. En crêpe georgette et découpes au laser. Une gamme de couleurs et des imprimés reprennent les tons de la maison du designer à Santa Fe. Apparaissent aussi la traduction de motifs comme le Double Heart.

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De typographie comme le Roman Numerals.

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Une ballade imaginaire vers l’univers d’Alexander Girard par le prisme de la mode.

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Comme des garçons

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Multidimensional graffiti ! Extraordinaire défilé de Comme des garçons qui imagine des tenues d’apparat grandioses et fantasques avec une dimension « arty » hors du commun. Jeux de volumes, de superpositions (les costumes de cour de la période Heian multipliaient les « couches » de vêtements jusqu’à douze). Fusion du long et du court. Découpes au laser. Folies de mousselines. Jupes en volumes extravagants. Formes d’amples manteaux, oversize. Accumulation. Empilement.

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Spectaculaire, le choix des « imprimés » reprend des éléments artistiques allant de la peinture du XVIe siècle au street art en passant par des héroïnes façon manga.

Le Vertumnus (ou Vertumne) d’Arcimboldo est la figure dominante et majestueuse de la collection. Un portrait de l’empereur Rodolphe II déguisé en cette étrange divinité étrusque et romaine, dieu des jardins au pouvoir de métamorphose. Recomposé d’éléments assemblés par le talent d’Arcimboldo, le portait puzzle se construit en végétaux. Nez en poire, haricots en sourcils… et couronne et écharpe en fleurs pour la dignité impériale. S’ajoutent d’opulentes peintures de fleurs d’Abraham Mignon (Hollandais du XVIIe siècle).

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Projection dans le temps avec une héroïne manga aux yeux écarquillés, cheveux blonds bouclés de Makoto Takahashi. Effets graffiti, street art des villes avec des dessins noir et blanc de Stefan Marx.

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Retour au XVIe siècle avec Sesson Shukei et un paysage à l’encre sur fond métal.

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Visages enfantins de Serge Vollin.

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Les références se multiplient, se télescopent et fusionnent joyeusement.

Accumulation de détails, d’objets, de jouets (?) en plastique, façon gris-gris. Assemblage de tissus. Multiplication des imprimés. Un gigantesque collage se jouant des imprimés, brouillant les références, une magnifique fusion entre mode et art.

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Véronique Leroy

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Humeur coquine chez Véronique Leroy dont la bande son fait défiler avec humour des messages sans ambiguïté. Créatrice belge d’origine wallonne, Véronique Leroy poursuit sa route, personnelle, sans concession.

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Joyeux mélange de couleurs où le vert prairie s’associe au beige, une touche de mauve, d’orange. Des effets délavés dans des tissus aux pliures réservées.

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Carrure démesurée.

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Effets drapés de jupes foulards façon paréo. Silhouettes sexy de « maillots » de ville. Franges pour squaws urbaines.

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Brodé, le nom Leroy s’invite en signature d’une collection dont la culotte est la petite reine.

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Haider Ackermann

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Simple, efficace, la collection d’Haider Ackermann a des allures minimalistes. Une palette de couleurs réduite à une simple expression : du blanc, du noir et l’éclat d’un rouge bordeaux.

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Des dérives discrètes vers du jaune, de l’écru, du gris. Masculinité des silhouettes avec vestes et pantalons ajustés, près du corps. Laser pour modèles aux coupes chirurgicales. Féminité dans les drapés, détails complexes, bustiers asymétriques.

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Éclat brillant ou semé de plumetis, mais traversé de craquelures, magie de l’ « accident ».

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Une alternance de silhouettes masculines « sharp » et la douceur de modèles féminins où le corps voit ses formes drapées et soulignées…

 

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Junya Watanabe

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« Nature » revendique le défilé de Junya Watanabe qui oppose le noir au blanc dans des effets optiques et cinétiques. Motifs géométriques, ronds, carreaux, volutes,…

Le créateur a sélectionné des tissus de la maison finlandaise Marimekko pour une série de ses modèles. Iso Noppa (1954) de Vuokko Eskolin-Nurmesniemi avec ses petits rectangles noirs.

Isot Kivet de Maia Isola avec de gros ronds noirs irréguliers.

Lintukoto de Maija Louekari est la vedette du défilé avec sa farandole de végétaux recolorés par endroits…

Dans le style s retrouve les formes très complexes de Junya Watanabe. Des volumes, de la déstructure, des effets de drapés. L’allure du défilé dans les maquillages, les coiffures, le détail des accessoires, cloutés métal, donne une dimension punk, un des territoires de prédilection du créateur japonais. Une échappée marine avec quelques modèles à rayures blanc bleu.

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Vert chlorophylle (?) avec le passage d’imprimés camouflages dans des tonalités où la nature joue le trompe-l’oeil sur un mode belliqueux.

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Lutz

 

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Exagération des volumes, hybridation des matières, Lutz poursuit avec bonheur le mélange des genres. Le bomber (ex blouson d’aviateur) est toujours présent, déconstruit, découpé et augmenté d’autres tissus, patchwork. Vestes à manches élargies vers le bas en volume.

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Le jean (blouson, pantalon) est morcelé, voire déchiré et agrémenté de détails de dentelle féminisant le style.

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Le plissé s’offre en éventail dans d’amples robes à porter sur des pantalons.

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Vestes boules. Gabardine de trench en tailleurs. Robe chemisier en coton au détail de résille en transparence autour du col.

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Lamé brillant pour robe asymétrique sur pantalon.

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Détourné, le vêtement est transformé, métamorphosé, séduisant avatar hybride. Lutz : une belle histoire de mode personnelle.

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Undercover

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Body double ? Inquiétante étrangeté, l’une et l’autre défilent en binôme. Déambulent de fausses jumelles dans une collection trouble, hommage à Cindy Sherman.

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Les liens d’amitié unissant Jun Takahashi et la photographe américaine font bonne figure avec ses autoportraits imprimés sur des robes, des vestes, des pantalons. Dans son oeuvre Cindy Sherman se métamorphose, se maquille, s’habille jusqu’à devenir méconnaissable, parfois grotesque, toujours intrigante. Dans le défilé, jeu de miroir entre les mannequins, poupées autant désincarnées qu’animées, mécaniques. La fausse gémellité est amplifiée par nombre de vêtements réversibles. Dans le style des coiffures, des maquillages, un air rétro, un esprit vintage 40-50 avec des tenues qui pourraient figurer dans des bals de promotions. Mais les détails emportent les silhouettes vers d’autres rives. Des jupons de tulle parfois découpés, tailladés. Du masculin-féminin. Des détails surréalistes au motif de bouches. Des paysages étranges, des roses noires, des chats noirs…

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En final, le paroxysme avec deux silhouettes façon jumelles Brady. Assassinées par leur père dans l’hôtel Overlook, elles incarnent deux figures mythiques et déstabilisantes de Shining. Une petite robe bleu ciel sage avec une ceinture en satin rose ornée de fleurs, de petites manches ballon et la même, constellée de perles rouges dégoulinantes façon traînées de sang. Redrum !!!!!

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Intrigant, mystérieux, un spectacle, mais aussi et surtout une magnifique collection.

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C Guillaume Roujas / NOWFASHION

Hervé Léger Leroux

Hervé Léger

 

(Re)connu pour ses robes à bandes qui sculptaient et magnifiaient le corps, Hervé Léger Leroux vient de disparaître à l’âge de 60 ans.

Né Hervé Peugnet, le créateur débute en tant que coiffeur, puis modiste avant de créer des robes. Karl Lagerfeld lui invente son premier nom pour le lancement de sa marque en 1985 : Hervé Léger. Dans les années 90 il acquiert une notoriété avec ses robes à bandes qui gainent les corps, les sculptent, en gomment les défauts; des robes de déesses. Il défile à Paris, les plus beaux top de l’époque portent ses modèles : Cindy Crawford, Karen Mulder…. Pour Iman Hervé Léger créera une superbe robe à l’occasion de son mariage avec David Bowie en 1992.

Une rencontre avec Edgar Bronfman Jr et son épouse qui aime ses robes conduit à une participation de Seagram dans la maison Leroux en 1995. Quelques années plus tard le groupe décide de cesser cette activité mode. Hervé Léger n’a pas vraiment le temps de trouver un nouveau partenaire et sa maison passe dans les mains de BCBG Max Azria. L’entente n’existera pas et Hervé Léger perdra son rôle et son nom dans l’histoire.

En 2000 il décide de recommencer sous un autre nom que lui trouve à nouveau Karl Lagerfeld en raison de la couleur de ses cheveux : Hervé L. Leroux. Il s’installe à Saint-Germain-des-Prés dans un lieu qui avait appartenu à Madeleine Castaing. Il redémarra avec courage sa carrière de façon plus intimiste ouvrant une boutique et un studio, épaulé par sa soeur Jocelyne. Il y a quelques mois l’aventure de la rue Jacob s’est malheureusement terminée, mais Hervé Léger nourrissait encore des projets…

Le 25 septembre sur sa page facebook Hervé Léger avait mis une photo de Dita von Teese en robe Hervé Léger photographiée par Ali Madhavi.

 

 

Je me souviens…

Un première rencontre à Tokyo à la fin des années 80 où je lui parlais de mes deux vêtements Hervé Léger : une robe bi-matière noir et blanc et un blouson vert à boutons dorés.

Quelques années plus tard, une interview pour Cosmétique News autour de créateurs qui pourraient lancer un parfum à leur nom.

Quelques mois plus tard des rendez-vous amicaux pour discuter d’une proposition faite par Procter & Gamble de créer un parfum Hervé Léger.

Un grand papier et la couverture de Cosmétique News pour annoncer le lancement du parfum. Une très jolie création : un oriental boisé d’Alberto Morillas, un flacon de Serge Mansau façon colonne sans fin aux quatre faces différentes et des photos magnifiques de Francis Giacobetti dans un jeu de lumières écho aux bandes mythiques. Làs le timing du lancement coïncida avec le changement de partenaire et la perte du nom…

Plusieurs fois j’allais rue Jacob voir les créations dans le petit salon feutré décoré de pièces de Fornasetti notamment. Entendre les anecdotes d’Hervé ainsi sa rencontre avec une actrice anglaise très connue à laquelle il avait annoncé que ses robes faisaient des miracles !

J’aimais l’entendre parler de plantes et de son jardin soigné avec une attention remarquable.

Il y a quelques mois je l’ai croisé au marché avec Jocelyne et il m’annonçait la fin de l’aventure de la rue Jacob…

Je me souviens de son rire, de son énergie face à l’adversité.

Triste

 

C Ali Madhavi

 

Uma Wang

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Créatrice chinoise ayant étudié à Shanghai puis à Londres, Uma Wang poursuit une route personnelle et poétique depuis la création de sa maison en 2009. Pour son deuxième défilé parisien, elle se plonge dans les années vingt (XXe siècle) en Occident. Durant cette période riche en liberté d’esprit, en créations, la mode s’est libérée de ses carcans et réinterprète des vêtements venus d’ailleurs, en formes, en motifs. Rêvé par le prisme d’une lecture occidentale qui le phantasmait merveilleux, cet Orient était source d’inspiration infinie.

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Subtile et poétique, la collection d’Uma Wang demeure dans la palette qui sied à la créatrice, des gammes infinies autour du beige, du marron, couleurs de terres, sourdes. Des couleurs délavées, détrempées… portées par de longues robes où les formes de caftan sont retravaillées, déconstruites en asymétrie pour donner des effets de volumes, de drapés. Dans les velours, les tons vifs surgissent éclatants, soyeux, brillants, en violet, en vert… Une robe manteau bi-matière, veste en molleton de coton et bas de jupe en velours brillant et motifs floraux.

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Superposition de gilets en transparence sur des jupes, des voiles. L’art déco s’invite également et son caractère géométrique se retrouve dans la mise à carreaux d’un imprimé à damier en version marron (en show-room existe une déclinaison bleue).

Une magnifique collection empreinte de sérénité, de douceur, de poésie. Une belle et vraie histoire de mode personnelle, intemporelle.

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