Festen

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Terrible secret de famille, Festen fut un des événements cinématographiques de 1998. Cet automne sa version théâtrale triomphe à L’Odéon Théâtre de L’Europe* avec une mise en scène remarquable de Cyril Teste et l’intervention du parfumeur Francis Kurkdjian qui ajoute une dimension olfactive à la pièce.

En 1998 le film de Thomas Vinterberg, Festen, revendiquait les règles du Dogme95 établies par le réalisateur et Lars von Trier (Les idiots la même année). Un principe suivi plus tard en France par Pascal Arnold et Jean-Marc Barr (Lovers, 1999). Parmi les règles du « voeu de chasteté » : 1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être apportés… 2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images… 3. La caméra doit être à portée de la main… Une voie vers un cinéma plus sobre et proche de la réalité.

 

Au théâtre, le rideau se lève sur l’intérieur d’une belle et grande maison. La table est dressée pour un repas de fête (un anniversaire). Pour s’imprégner du lieu, l’environnement se découvre par les effluves d’une odeur de sous-bois. Pour Francis Kurkdjian : « Une odeur de forêt automnale, après la pluie, quelques heures avant le coucher du soleil. Le craquement de feuilles sèches, mais aussi l’humus, des champignons, le sol mouillé et des flaques d’eau. »

Dans cette grande salle, la table va devenir le théâtre de révélations qui vont aller crescendo. Dans un coin de la pièce, un espace confortable autour d’une cheminée et là s’invite une deuxième odeur de parquet cirée et de feu de bois. Pour le parfumeur : « Une odeur un peu âcre, comme une sorte de miroir olfactif des conversations qui ont lieu ou vont avoir lieu. »

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La conversation va prendre une tournure dramatique, incrédulité des convives, inertie de leurs réactions et progressivement le voile se déchirera autour d’une sordide histoire d’inceste familial et de suicide.

La mise en scène vertigineuse use sans en abuser de la caméra qui filme les visages au plus près et donne à voir les détails des expressions qui se découvrent sur grand écran.

Le collectif MxM pour la performance filmique suit des règles comme pour le Dogme95 : « 5. Les images préenregistrées ne doivent pas dépasser 5 minutes et sont uniquement utilisées pour des raisons pratiques à la performance filmique. 7. Le temps du film correspond au temps du tournage. » Film vérité qui tout à coup mêle l’onirisme à la réalité avec l’arrivée du personnage défunt de la soeur suicidée. Rêve éveillé du frère qui matérialise sa jumelle dans ses souvenirs. Elle surgit à l’écran, fantôme, ombre du passé.

Pour elle a été composée une fragrance. Pour Francis Kurkdjian : « Linda est réhabilitée au sein de la famille. Son parfum est la trace de sa mémoire. J’ai travaillé un sillage en supprimant toutes les notes de tête pour ne pas que l’on sente un parfum qui vient d’être vaporisé, mais déjà posé sur la peau, porté. Un bouquet floral, très large, abstrait, jasmin, rose, iris ; très classique mais contemporain. »

Au final, plongée à nouveau vers le tableau de Corot du décor dans lequel la caméra parfois s’enfonçait et retour à l’ambiance de sous bois pour la fin.

Un festin à voir, absolument.

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*Ateliers Berthier jusqu’au 21 décembre.

Une réflexion sur « Festen »

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