Sumer et le paradigme moderne

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Des traces cunéiformes, l’épopée de Gilgamesh, la figure de Gudéa ou encore la construction d’une ziggurat (où plane l’imaginaire de Babel) trouvent un écho dans l’art moderne. Avec une curieuse et séduisante exposition, la Fondation Miro de Barcelone célèbre la mise en résonance de cette civilisation sumérienne avec l’art moderne. Les fouilles en Mésopotamie mirent à jour des vestiges archéologiques depuis le XIXe s. ; ces éléments furent progressivement portés à la connaissance de l’Occident. George Bataille en 1929 avec son journal Documents mettait en ouverture un article de Georges Contenau sur l’art sumérien. Les artistes vont s’intéresser à cet art. Si Giacometti a choisi l’Égypte (L’homme qui marche), il a aussi dessiné des figures de Gudea.

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La figure

Énigmatiques, les sculptures sumériennes offrent différentes interprétations dans les détails (plumes ?) tandis que leurs regards invitent au mystère. Henry Moore marqua son intérêt pour les sculptures : « These sumerian figures have full three-dimensional existence. And in Sumerian art (as perhaps in all the greatest sculpture and painting) along with the abstract value of form and design, inseparable from it, is a deep human element ». Barbara Hepworth également s’intéressa à cet art et certaines de ses oeuvres semblent en résonance.

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Juan Miro avait épinglé des photos d’oeuvres sumériennes dans son atelier. Dans une conversation avec Pierre Schneider au Louvre publiée en 1963, Miro réagissait particulièrement à la vue de l’art sumérien. Pierre Schneider se souvient que Miro recherchait des objets de forme bizarre, asymétriques, tatoués et avec des inscriptions.

 

La composition des oeuvres quand elles figurent sur des cylindres se révèle sans fin, répétition à l’infini d’un motif tournant en boucle sur lui-même

Willi Baumeister a dessiné une série de Gilgamesh, un cycle où l’artiste illustre l’épopée avec des scènes où se découpe en fond la cité d’Uruk. Pour Baumeister l’épopée a un lien direct avec le contexte tragique de la guerre en Allemagne. Baumeister a également pein Ur-Schanabi on green, un dialogue entre Gilgamesh et le passeur.

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Pour Willem de Kooning impressionné par les figures de Tell Asma, une série de femmes, déesses de la fertilité, mains jointes , frontalité Sumer ?

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Une figure de visage sculpté de Sumer figure aussi dans le Film (c’est son nom) de Samuel Beckett réalisé par Alan Schneider en 1965. Un homme (Buster Keaton) terrifie ceux qu’il croise sur son chemin. Chez lui il ne supporte aucun regard et face au visage de Sumer, il arrache la photo, la déchire pour que disparaisse à jamais ce regard. En épilogue, le héros se révèle borgne.

 

L’écriture

Signes posés par l’application de calame sur l’argile, les traits de l’écriture cunéiforme ont fait entrer la civilisation dans l’histoire. De pictogrammes, l’écriture s’est abstractisée avec des signe phonétiques. Cette forme de langage pour communiquer aux origines de l’histoire ne pouvait manquer intéresser les artistes modernes. Influencé par ces premières écritures, Henri Michaux se mit à répéter des signes, lui qui rêvait d’une langue «  sans appartenance, sans filiation »… La langue rêvée de Michaux.

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Le mythe

La ziggurat avec sa forme à étages tisse le lien avec l’histoire biblique de la Tour de Babel et de l’homme qui veut se mesurer au Dieu. Le Corbusier avait notamment imaginé le Mundaneum, un centre de culture mondiale, un projet non réalisé mais avec une forme à étages dans l’esprit d’une ziggurat. Adolf Loos avec son projet de mausolée pour Max Dvorak imaginait un cube surmonté d’une forme en escalier.

 

Si l ‘Occident a pu s’inspirer de l’antiquité et ici de Sumer, c’est parce que ces civilisations ont été données à voir , à comprendre, mais aussi au prix de pillages… Le paradoxe de la découverte archéologique pour donner à voir, à comprendre est de détruire. Dans Les statues meurent aussi, un film d’Alain Resnais et Chris Marker en 1953 était définie la culture « … Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l’art. Cette botanique de la mort, c’est ce que nous appelons la culture. » Le film mettait l’accent sur cet aspect, mais à propos de la scultpture africaine, critiquant ce que L’occident peut induire dans un continent.

Pour la Mésopotamie, c’est le film de Francis Alÿs : Color Matching. Untitled, Mossul, Iraq qui pose la question du rôle de l’homme… Un paysage, une armée et une palette d’artiste qui utilise la gamme chromatique de ce qu’il voit. « Is art just a means of survival through the catastroph of war ?… Why the Middle East ? Because it’s the nest of civilization, the heart of all human conflicts »…

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2 réflexions sur « Sumer et le paradigme moderne »

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