Chanel

SS 2018 RTW - decor picture by Olivier Saillant

À gorges déployées Chanel orchestre au Grand Palais le ruissellement du Verdon. Falaise de pierre reconstituée, cascades jaillissantes et sentier de bois en guise de podium. Un décor majestueux et assez incroyable.

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Serpentant ce nouveau canyon une centaine de silhouettes souvent équipées d’accessoires en plastique transparent, chapeaux, bottes, cuissardes, mitaines, capuches ou sacs.

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Résolument aquatique, le thème se reflète dans une gamme de couleurs autour du bleu et de toutes les variations irisées que peut donner le soleil flirtant avec des étendues d’eau. Quelques gouttes brillantes figées se muent en paillettes. Le style, very Chanel, décline du tweed, tweed lurex, soie froissée, cuir,… mélange de matières. Une allure décontractée, des tissus plastifiés, effet vinyle.

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Des chaînes traversantes. Des franges.

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Dans des camaïeux de bleu, le double c imprime sa marque.

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Les tailleurs parfois élargissent une carrure que Karl Lagerfeld qualifie « en pente douce ».

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Un défilé spectacle.

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Liselore Frowijn

LISELORE FROWIJN SS18 - Look 12

La jeune créatrice s’est tournée vers le Mexique pour un voyage quasi archéologique exhumant la culture Maya.   Inspiration de la nature, de l’architecture, des pyramides, des motifs, des symboles. Liselore Frowijn utilise le mot « espoir » ; dans le contexte de l’idée de « mur », une ode à la liberté. Pour symboliser cet espoir a été imaginé un motif de cactus en collaboration avec le graphiste Michiel Schuurman. Inspirés par le peuple du soleil, les imprimés très colorés sont flamboyants, retranscrits dans un esprit cinétique, psychédélique.

LISELORE FROWIJN SS18 - Look 01

LISELORE FROWIJN SS18 - Look 02

Bijoux vif argent. Détail de pompons. Parmi les matériaux, un « cuir » écologique argenté à base de fibre d’ananas, Pinatex.

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Parmi les motifs, une inspiration hommage aux symboles du drapeau mexicain même si leur usage est réglementé. Un aigle posé sur un figuier de barbarie tenant dans son bec un serpent.

LISELORE FROWIJN SS18 - Look 11

Si la mode se veut pour une femme volontaire, c’est « thinking of Frida Kahlo ».

LISELORE FROWIJN SS18 - Look 19

Sacai

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Collection enlevée pour Sacai. Superpositions, entremêlements de tissus, de formes. Un vocabulaire d’élémentaires, hybridés pour un résultat à la signature Sacai. Bustier dont les manches se nouent autour du corps, l’enveloppent, le drapent par enroulement, sanglant la silhouette.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Un style à la fois familier et hétéroclite dans son jeu d’assemblage. Effets démultipliés de patchworks. Ajout de dentelles. Détails de brides. Télescopage d’imprimés. Touches de sportswear avec effets coulissants. Veste « sac à dos ». Longue jupe à pans multiples.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Patchwork de jean, effiloché, non fini.

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Surdose jubilatoire de motifs : camouflage, carreaux, fleurs,…

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Sacai Paris Fashion Week Spring Summer 2018 Paris Sept-Oct 2017

Akris

Akris Look 5

Collection très « arty » pour Akris par Albert Kriemler, joyeusement colorée par l’univers d’Alexander Girard. Suite à la visite de la grande exposition au Musée Vitra en 2016 consacrée au designer, Albert Kriemler a choisi de lui rendre hommage. « L’inspiration est quelque chose qui arrive, on ne peut pas la programmer ». Pour poursuivre sa découverte de l’oeuvre, il s’est aussi rendu à Santa Fe où vécut Alexander Girard ; là, il a découvert la lumière particulière du lieu.

Akris Look 24

La couleur a évidemment la part belle dans la collection. Si Girard est célèbre pour ses poupées de bois, elles figurent majestueuses en décor du défilé Akris. Une traduction littérale dans certains modèles reprend ces effigies joyeuses et colorées. Un autre thème est le côté Plywood de l’oeuvre de Girard avec les sculptures qui se découpent par couches de bois avec des ouvertures de tailles différentes.

 

L’équivalent se retrouve en vêtement avec une superposition de tissus à ouvertures de formes biomorphiques. En crêpe georgette et découpes au laser. Une gamme de couleurs et des imprimés reprennent les tons de la maison du designer à Santa Fe. Apparaissent aussi la traduction de motifs comme le Double Heart.

Akris Look 12

De typographie comme le Roman Numerals.

Look 14

Une ballade imaginaire vers l’univers d’Alexander Girard par le prisme de la mode.

Akris Look 1

Comme des garçons

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Multidimensional graffiti ! Extraordinaire défilé de Comme des garçons qui imagine des tenues d’apparat grandioses et fantasques avec une dimension « arty » hors du commun. Jeux de volumes, de superpositions (les costumes de cour de la période Heian multipliaient les « couches » de vêtements jusqu’à douze). Fusion du long et du court. Découpes au laser. Folies de mousselines. Jupes en volumes extravagants. Formes d’amples manteaux, oversize. Accumulation. Empilement.

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Spectaculaire, le choix des « imprimés » reprend des éléments artistiques allant de la peinture du XVIe siècle au street art en passant par des héroïnes façon manga.

Le Vertumnus (ou Vertumne) d’Arcimboldo est la figure dominante et majestueuse de la collection. Un portrait de l’empereur Rodolphe II déguisé en cette étrange divinité étrusque et romaine, dieu des jardins au pouvoir de métamorphose. Recomposé d’éléments assemblés par le talent d’Arcimboldo, le portait puzzle se construit en végétaux. Nez en poire, haricots en sourcils… et couronne et écharpe en fleurs pour la dignité impériale. S’ajoutent d’opulentes peintures de fleurs d’Abraham Mignon (Hollandais du XVIIe siècle).

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Projection dans le temps avec une héroïne manga aux yeux écarquillés, cheveux blonds bouclés de Makoto Takahashi. Effets graffiti, street art des villes avec des dessins noir et blanc de Stefan Marx.

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Retour au XVIe siècle avec Sesson Shukei et un paysage à l’encre sur fond métal.

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Visages enfantins de Serge Vollin.

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Les références se multiplient, se télescopent et fusionnent joyeusement.

Accumulation de détails, d’objets, de jouets (?) en plastique, façon gris-gris. Assemblage de tissus. Multiplication des imprimés. Un gigantesque collage se jouant des imprimés, brouillant les références, une magnifique fusion entre mode et art.

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Véronique Leroy

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Humeur coquine chez Véronique Leroy dont la bande son fait défiler avec humour des messages sans ambiguïté. Créatrice belge d’origine wallonne, Véronique Leroy poursuit sa route, personnelle, sans concession.

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Joyeux mélange de couleurs où le vert prairie s’associe au beige, une touche de mauve, d’orange. Des effets délavés dans des tissus aux pliures réservées.

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Carrure démesurée.

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Effets drapés de jupes foulards façon paréo. Silhouettes sexy de « maillots » de ville. Franges pour squaws urbaines.

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Brodé, le nom Leroy s’invite en signature d’une collection dont la culotte est la petite reine.

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Haider Ackermann

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Simple, efficace, la collection d’Haider Ackermann a des allures minimalistes. Une palette de couleurs réduite à une simple expression : du blanc, du noir et l’éclat d’un rouge bordeaux.

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Des dérives discrètes vers du jaune, de l’écru, du gris. Masculinité des silhouettes avec vestes et pantalons ajustés, près du corps. Laser pour modèles aux coupes chirurgicales. Féminité dans les drapés, détails complexes, bustiers asymétriques.

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Éclat brillant ou semé de plumetis, mais traversé de craquelures, magie de l’ « accident ».

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Une alternance de silhouettes masculines « sharp » et la douceur de modèles féminins où le corps voit ses formes drapées et soulignées…

 

Haider Ackermann Spring Summer 2018 Fashion Show in Paris

Junya Watanabe

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« Nature » revendique le défilé de Junya Watanabe qui oppose le noir au blanc dans des effets optiques et cinétiques. Motifs géométriques, ronds, carreaux, volutes,…

Le créateur a sélectionné des tissus de la maison finlandaise Marimekko pour une série de ses modèles. Iso Noppa (1954) de Vuokko Eskolin-Nurmesniemi avec ses petits rectangles noirs.

Isot Kivet de Maia Isola avec de gros ronds noirs irréguliers.

Lintukoto de Maija Louekari est la vedette du défilé avec sa farandole de végétaux recolorés par endroits…

Dans le style s retrouve les formes très complexes de Junya Watanabe. Des volumes, de la déstructure, des effets de drapés. L’allure du défilé dans les maquillages, les coiffures, le détail des accessoires, cloutés métal, donne une dimension punk, un des territoires de prédilection du créateur japonais. Une échappée marine avec quelques modèles à rayures blanc bleu.

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Vert chlorophylle (?) avec le passage d’imprimés camouflages dans des tonalités où la nature joue le trompe-l’oeil sur un mode belliqueux.

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Lutz

 

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Exagération des volumes, hybridation des matières, Lutz poursuit avec bonheur le mélange des genres. Le bomber (ex blouson d’aviateur) est toujours présent, déconstruit, découpé et augmenté d’autres tissus, patchwork. Vestes à manches élargies vers le bas en volume.

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Le jean (blouson, pantalon) est morcelé, voire déchiré et agrémenté de détails de dentelle féminisant le style.

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Le plissé s’offre en éventail dans d’amples robes à porter sur des pantalons.

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Vestes boules. Gabardine de trench en tailleurs. Robe chemisier en coton au détail de résille en transparence autour du col.

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Lamé brillant pour robe asymétrique sur pantalon.

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Détourné, le vêtement est transformé, métamorphosé, séduisant avatar hybride. Lutz : une belle histoire de mode personnelle.

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Undercover

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Body double ? Inquiétante étrangeté, l’une et l’autre défilent en binôme. Déambulent de fausses jumelles dans une collection trouble, hommage à Cindy Sherman.

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Les liens d’amitié unissant Jun Takahashi et la photographe américaine font bonne figure avec ses autoportraits imprimés sur des robes, des vestes, des pantalons. Dans son oeuvre Cindy Sherman se métamorphose, se maquille, s’habille jusqu’à devenir méconnaissable, parfois grotesque, toujours intrigante. Dans le défilé, jeu de miroir entre les mannequins, poupées autant désincarnées qu’animées, mécaniques. La fausse gémellité est amplifiée par nombre de vêtements réversibles. Dans le style des coiffures, des maquillages, un air rétro, un esprit vintage 40-50 avec des tenues qui pourraient figurer dans des bals de promotions. Mais les détails emportent les silhouettes vers d’autres rives. Des jupons de tulle parfois découpés, tailladés. Du masculin-féminin. Des détails surréalistes au motif de bouches. Des paysages étranges, des roses noires, des chats noirs…

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En final, le paroxysme avec deux silhouettes façon jumelles Brady. Assassinées par leur père dans l’hôtel Overlook, elles incarnent deux figures mythiques et déstabilisantes de Shining. Une petite robe bleu ciel sage avec une ceinture en satin rose ornée de fleurs, de petites manches ballon et la même, constellée de perles rouges dégoulinantes façon traînées de sang. Redrum !!!!!

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Intrigant, mystérieux, un spectacle, mais aussi et surtout une magnifique collection.

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C Guillaume Roujas / NOWFASHION