Anne Sofie Madsen

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Ghostly Matter s’intitule la collection d‘Anne Sofie Madsen, jeune créatrice danoise passée par chez John Galliano et Alexander mc Queen. Le choix du terme poussière, poudre fine, renvoie à « une couche entre un passé immémorial et un futur inimaginable ». Pour le côté ectoplasmique, des soies aériennes, des velours nuageux, des transparences, des tissus effilochés…

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Trench à ceinture décalée.

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Et toujours un goût pour les lanières, les attaches, les sangles. En accessoires, une collaboration avec Vibe Harsloef pour les bijoiux. Des chaussures rafistolage, bricolage où le papier journal se mue en collage.

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Dries van Noten

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100 /100 ! Dries van Noten célèbre simplement et élégamment son travail de créateur avec un défilé magistral pour sa centième collection. Pas de nostalgie, pas de show off, juste, comme à son habitude, une magnifique collection avec sa musique, son style, son raffinement. Exquise, la palette de couleurs s’exprime en géométrie, en motifs végétaux, en abstractions…

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Des étoffes légères ou épaisses. Des couleurs mates ou des éclats brillants, quelques paillettes ou sequins. Des imprimés du passé ressurgissent, mélangés à d’autres (exquis petit cahier avec une collection de motifs, avec nom et saison d’utilisation). Roi des mélanges, des unions graphiques, Dries van Noten toujours enchante. Cette saison, les formes sont amples, confortables, douillettes, parfois matelassées.

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Le style de Dries van Noten s’est toujours consacré à de vrais vêtements, sans expérimentation, sans ostentation, mais avec poésie, raffinement. Pour accompagner ce beau voyage, des musiques en référence au travail de Pina Bausch, du jazz et des réminiscences d’anciens défilés : Initials BB, EllleEtmoi… et l’hypnotique Boléro ou encore Heroes de David Bowie.

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Pour le casting, des mannequins d’hier qui ont défilé dans le passé, toujours d’une élégance magnifique pour amplifier le côté plus que jamais intemporel qui habite et anime cette superbe collection.

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Anrealage

 

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Avec sa collection « Roll », Anrealage invite la technologie, mais de façon moins spectaculaire qu’à son habitude. Les techniques s’invitent cette saison avec discrétion et se mettent au service d’une poésie qui anime de vrais vêtements. Le thème de la collection est roll, un rouleau (et pour quoi pas un maki en japonais ?).

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Le tissu est utilisé à partir de son rouleau d’origine en volume. Élaborées avec l’artiste Kohei Nawa, les deux premières pièces ont été construites, sculptées dans la matière des rouleaux de denim (300mètres de long). Demeurées visibles sur le podium, les deux robes tournaient sans fin, entourées d’une mer de poussière de jean (les rebuts de la fabrication). À partir de ces différentes couches de tissus a surgi la structure de la coupe transversale d’un arbre donnant à voir les anneaux qui le composent (la dendrochronologie permet ainsi de dater les bois en comptant les cernes).

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Le créateur a choisi cette vision de cercles concentriques comme la continuation d’un cycle sans fin. Si le bleu jean, magnifiquement réinterprété, innerve une partie de la collection, le marron des arbres, du bois, s’impose majestueux ainsi dans un ample manteau extraordinaire (plus spectaculaire vu de côté). S’ajoute un précieux travail de broderies artisanales dans les détails, rosaces.

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J’ai vu marcher les arbres de Macbeth et je m’imagine déjà avec ce manteau.

« J’ai regardé Birnam, et, là, j’ai cru

Que la forêt se mettait à bouger. »

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Aalto

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Souffle un vent du nord sur la collection d’Aalto (Tuomas Merikoski) dans un décor d’architecture en échafaudage de bois, hommage au nom du Finlandais Alvar Aalto et à l’université éponyme. Autour du thème de paradis perdu, des références aux mysticismes, aux sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie et un hommage à la nature. Une vision du futur, mais pas déshumanisée, plutôt au contraire chaleureuse. Le vert émeraude, couleur clef de la saison s’invite en symbole de jeunesse, de renouveau. Des vêtements pour grand froid avec des fourrures (éthiques) en détail, en pointillé. Une dimension écolo avec l’utilisation de matériaux 100% recyclés. De la géométrie, parfois en « collage », chauffée de touches de fourrure.

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Matelassée, la doudoune se fractionne, se déboutonne en blouson et joue l’effet couette en doublure.

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Toute une thématique ajoute une dimension de fantaisie imprimée et bariolée.

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Un motif de Lapland (Laponie) de femmes naturistes dessine le vrai paradis perdu où l’innocence est nue comme un ver. Une collection pour s’emmitoufler en hiver.

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Liselore Frowijn

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Inspirée par son compatriote sculpteur Alfred Eikelenboom, Liselore Frowijn a imaginé une nouvelle Métropolis aux accents cosmiques. Constellation de planètes géométriques, le rond oblitère les tissus.

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Une touche de Midas avec les gants en or, goldfinger. Exubérance des couleurs et références aux couleurs de l’inde (holi pas loin ?). Mélange d’étoffes, soie, laine et un zeste de tissus transparents. Travail avec des tissus Vlisco. Pour l’hiver, laine façon plaid ou couverture utilisée en ponchos ou en longs manteaux.

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Jeux de superposition, d’asymétrie, « collages » ethniques.

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Et quand le cercle s’ombre de rouge se dessine presque la magie du soleil levant.

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C Peter Stitger Team

Paskal

 

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C’est l’hiver pour la fashion week. Paskal ouvre le calendrier officiel avec une collection romantique et un brin pop. La créatrice, architecte de formation, cite en guise d’inspiration un séjour à Tel Aviv où elle a découvert et admiré la construction de la ville. À la rigueur de la géométrie, Julie Paskal ajoute la douceur de courbes, arrondissant les angles. Un zeste d’esprit pop sous forme de fleurs, mais réalisées en 3D avec des matériaux réfléchissants.

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Une collection d’abord dans un blanc poétique et délicat avec des détails, des transparences, des effets dentelle.

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Une transition noir-blanc à petits carreaux et puis oeuvre au noir.

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Des formes à géométrie variable, coupes au laser, un soupçon d’asymétrie et le romantisme de manches ballon. En ponctuation, des détails de couleurs : vert pomme et violine.

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Tenue correcte exigée

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Un parfum de scandale soufflerait-il sur l’exposition Tenue correcte exigée ? Difficile de transcrire cette notion dès que le vêtement est mis en cage dans des salles de musée à éclairage tamisé (pour la protection des étoffes). Du Moyen-Âge à aujourd’hui le vêtement a parfois choqué, mais il a aussi conduit à des évolutions non seulement en style, mais aussi dans le comportement des différentes époques.

L’entrée en matière se fait par un double portrait de Cranach : Adam et Ève. Après avoir vécu nus comme des vers, les premiers humains de La Genèse se vêtirent une fois le pêché consommé. L’habit serait-il, depuis le paradis perdu, synonyme de pêché alors que la nudité incarnerait l’innocence ? Un point de départ intellectuellement intéressant, mais dans un monde où l’habit est la norme, une réalité aux antipodes. Pour Denis Bruna, commissaire de l’exposition, ceci implique que : « Tout vêtement est plus ou moins l’héritier de ce vêtement primitif. Il est imprégné de la faute de nos ancêtres et, pour cette raison, se doit d’être le plus sobre et le plus discret possible. ». L’exposition se développe en trois axes : le vêtement et la règle, fille ou garçon et la provocation des excès.

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Le vêtement « signe »

Si longtemps le vêtement qui en « montrait » trop fut objet de scandale, à l’inverse le vêtement qui cache peut aussi choquer dans un contexte religieux (p.e. le burkini), mais l’exposition a choisi de ne pas traiter cet aspect sans doute trop polémique.

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Entre caché et montré, la capuche est un exemple qui traverse le temps dans un intrigant clair-obscur. Apanage de tenues religieuses, elle fut portée par les Franciscains ; couvrant la tête et terminée d’un bec à l’arrière, elle a donné son nom aux Capucins. Dans le civil, elle est interdite en 1399 par une ordonnance de Charles VI quant à ces « faux visages ». L’idée de cacher, de masquer, toujours perturbe, intrigue, mais aussi attire, fascine. La capuche fut à la mode notamment au XVIIIe siècle pour sa face obscure qui dévoile en partie le visage. Aujourd’hui la capuche peut être attachée à une veste, à un manteau, mais en complément du sweat-shirt, elle peut être porte-parole d’un style, celui du hip hop notamment. Aujourd’hui ce hoodie, sweat à capuche avec souvent une poche kangourou, est aussi associé de façon négative et discriminatoire à un comportement supposé délinquant. Un élément du vêtement qui, au fil des siècles, est passé du religieux au sportswear en passant par la séduction en jouant sur le fil du « masque ».

 

Évolution

Pour le XXe siècle, la grande révolution au féminin passe par le port du pantalon (demeuré interdit légalement jusqu’en 2013) et qui nécessitait une demande d’autorisation en préfecture (à moins de se promener en compagnie d’un cheval ou d’une bicyclette). Déjà au XIXe siècle, Amelia Bloomer (à l’origine du nom de bloomers) portait une culotte bouffante et ce vêtement a été associé à l’émancipation des femmes.

Au XXe siècle, la garçonne des années vingt libère la femme de quelques carcans, s’affichant avec vêtements souples et cheveux courts. Chanel et Jean Patou contribuent à cette évolution de la mode.

Avec les congés payés en 1936, les vacances se passent souvent à la plage où le costume de bain, petit à petit, va se rapprocher du mouchoir de poche. Scandale des premiers bikinis proposés en 1946 avec le choc du nombril à l’air ! Interdit sur les plages d’abord, il s’est popularisé dans les années 50 avec notamment l’image de Brigitte Bardot. Un peu plus tard c’est le monokini qui lève le voile sur la poitrine avec son maillot culotte à bretelles proposé notamment par le créateur Rudi Gernreich dans les années 60.

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Ces années-là, les jupes vont raccourcir. En France c’est Courrèges qui imagine la mode du futur et crée des combinaisons et des jupes de plus en plus mini. À Londres, c’est la rue qui va adopter la mini jupe et son porte étendard sera Mary Quant. La longueur des jupes sera désormais variable passant du micro au maxi avec un net allongement dans les années 70 avec les hippies bohêmes.

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L’un est l’autre

Masculin féminin. Si aujourd’hui le port du pantalon par les femmes est un acquis, il est relativement récent. Dans les années 60 Yves Saint Laurent fit encore scandale en créant des smokings au féminin.

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Jacques Estérel imagine lui des robes unisexes, un même modèle porté par les deux genres, les baptisant sumériennes en souvenir de la période antique.

Et si l’homme aussi en Occident se risquait au port de la jupe ? Le kilt est l’apanage de l’Écosse, mais les autres Européens ne portent que le pantalon. Différentes tentatives de Jean Paul Gaultier assumant le kilt et s’amusant du concept d’homme objet ou aussi de créateurs japonais ont tenté de mettre les hommes en jupe, mais ils doivent, paradoxalement, être particulièrement culottés pour oser porter la jupe.

 

Quelques scandales de mode

Au cinéma en 1972 la robe noire de Mireille Darc dessinée par Guy Laroche offrait un décolleté plongeant démesurément dans le dos, vertige de la séduction.

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Jack Lang à l’Assemblée nationale fit scandale avec un costume Mugler à col dit Mao, le portant évidemment sans cravate.

Les années 80 sont marquées par l’arrivée des Japonais qui ont bousculé les codes de la mode intronisant le noir majeur, déstructurant les formes, jouant l‘asymétrie, le non fini, les trous… Une esthétique qualifiée de grunge, de look post Hiroshima, les appellations ont fleuri comme des champignons. Mais, après le choc, la rupture, ces codes de mode ont été largement adoptés.

Dessous dessus. Inspiré par les mystérieux corsets de la garde-robe de sa grand–mère, Jean Paul Gaultier met les dessous dessus et compose des bustiers aux seins coniques, exacerbés, un vêtement notamment porté par Madonna dans ses concerts.

Alexander mac Queen dans sa collection Highand Rape de 1995 fusionnait un souvenir de l’histoire anglaise dramatique et un épisode familial douloureux. Une collection destroy avec ses fameux pantalons taille très basse, bumpers et des vêtements déchirés, lacérés,…

Avec Body meets dress en 1997, collection de Comme des garçons avec des « bosses », le corps est abstractisé, englouti sous des formes difformes. La féminité niée, une étonnante collection, magnifique.

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Le défilé « clochard » de John Galliano pour Dior en 2002 fit couler beaucoup d’encre, mais auprès de personnes n’aimant pas la mode. L’influence des costumes de tramp anglais, vagabonds de Dickens, se retrouve dans ces assemblages baroques et hétéroclites d’éléments, journaux, cordes, gamelles, tissus déchirés, mais la référence explicite à une catégorie de personnes dans le besoin ne passa pas, même si John Galliano voulait rendre hommage à l’ingéniosité des déshérités.

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Si Rick Owens propose souvent des collections de façon atypique avec des mannequins par forcément dans les codes classiques, ainsi des danseurs… Une de ses dernières collections pour hommes, Sphinx, fit beaucoup parler d’elle, pas en raison des vêtements, mais parce que modèles étaient portés par des mannequins, jambes et sexe à l’air…

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Les excès varient selon les époques, trop large, trop long, trop court, trop épaulé, trop coloré, trop nu, trop moulant…

Scandales petits ou grand viennent animer la planète mode… mais une fois le scandale consommé, le vêtement rentre souvent dans le rang, il est parfois oublié (monokini) ou progressivement accepté, créant une nouvelle norme. En principe pour soi le vêtement est reçu par les autres et s’il est hors norme, il peut choquer, heurter, surtout les tenants de préceptes bien désuets. L’exposition donne à voir de nombreux exemples qui ont émaillé l‘histoire d’une mode aux relents de provocations, mais une fois mis en cages, le scandale a perdu son sel.

 

Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale.

Au Musée des Arts décoratifs jusqu’au 23 avril

 

 

Crédits

– La question est posée : portera-t-on la jupe-pantalon en 1911 ? Carte postale – collection particulière

-Atelier de Lucas Cranach l’ancien. Adam et Eve. 1ère moitié du XIVe siècle – Paris, Musée des Arts décoratifs

-William Richardson, 1778 – The British Museum, Londres

– Un homme retraité fixe des jeunes femmes en mini jupes, Nice le 13 juillet 1969. AFP /Getty Images. Staaf

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-Yves Saint Laurent smoking haute couture automne/hiver 1966 – Mannequin Ulla – photo Gérard Pataa – Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent.

– « Le grand blond avec une chaussure noire » 1972, Mireille Darc portant une robe signée Guy Laroche appartenant au musée des Arts décoratifs, Paris

-Rei Kawakubo pour Comme des Garçons – Prêt-à-porter printemps/été 1997 collection « Body Meets Dress/Dress Meets body » photo Guy Marineau

-Christian Dior, 1997 photo Guy Marineau

-Rick Owens Photo Guy Marineau