Ulyana Sergeenko

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Tea time à Saint Petersbourg ? Présentation statique pour Ulyana Sergeenko qui s’est inspirée de la porcelaine telle que fabriquée par L’Imperial Porcelain Manufactory *. De Marie-Antoinette à Alice au pays des merveilles mentionne le communiqué… La créatrice imagine un lien entre la modestie soviétique et le faste impérial. Entre tradition et innovation. Une silhouette sculptée, architecturée de nombreux détails, broderies de fleurs…

Des matériaux couture : soie, crêpe, taffetas, velours, satin duchesse… Des dentelles (russes) dans une gamme de couleurs autour du blanc porcelaine, rose, crème, bleu et des touches d’or. Un côté champêtre, folklore, une fête de famille chic où l’on sort ses beaux atours pour un goûter sur l’herbe avec des robes « nappes ».

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Une collection bucolique pour poupées de porcelaine.

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* Fondée en 1744 la manufacture est soutenue par les Romanov. Après la révolution, elle prit le nom de State Porcelain Factory puis enfin Lomonosov Factory pour redevenir impériale en 2005 !

 

Chanel

 

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Versailles champêtre pour sacre du printemps. Dans un décor de jardin à la française déambulent les femmes fleurs de Chanel. Parterres de fleurs, fontaines à cascades, treillages en bois égayés de lierre grimpant, de roses et jasmin.

Variation sur un même thème, le tweed et ses différents modèles de tailleurs dans une gamme de couleurs tendres et délicates comme le printemps à venir. Des robes droites ou évasées, corolles. Une carrure élargie quasi démesurée et une nouvelle manche kimono. Tissus en pétales, superposition de tulle, mousseline, organza…

En ponctuation de la silhouette, le point sur le i, quelques fleurs et un soupçon mystérieux de voilette. Une touche de plumes pour tenues vaporeuses prêtes à l’envol.

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Des silhouettes chaussées de bottines aussi gainées de tweed pour total look accompli. Et pour compléter le jardin en pleine floraison, des motifs de fleurs (glycine, camélias, coquelicots, oeillets…) en imprimés et en broderie.

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Yuima Nakazato

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Créateur japonais, Yuima Nakazato continue son exploration du futur et des nouvelles technologies avec, cette saison, un clin d’oeil au futur tel qu’imaginé dans les années 60. L’objectif lune, l’odyssée de l’espace façon Kubrick et des souvenirs de tenues d’astronautes ou cosmonautes. Une vision d’un futur jamais avéré, mais qui fait toujours rêver.

Yuima Nakazato a choisi le vocable Harmonize pour définir sa collection. Alors pourquoi pas imaginer une vie en dehors des frontières terrestres et s’évader dans un nouvel espace ? Avec Unit constructed textile, une technologie pour rendre la mode plus durable. S’invite un souvenir du Japon et de ses techniques traditionnelles comme le boro, sorte de rapiéçage qui donne un nouvelle vie aux tissus. Ici de gros « points » marquent le tissu. Point de départ du vêtement, l’idée des tenues de l’espace, combinaison d’une blancheur immaculée (un dialogue a eu lieu avec la Japan Aerospace Exploration Agncy) pour un vêtement qui dure et évolue dans des conditions d’un espace limité. Une sélection de matériaux de protection, airbags, parachutes… réassemblés pour en faire de véritables vêtements. Au final : une tenue capable de répondre à des modifications et en harmonie avec le monde dans lequel la personne évolue.

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Le créateur a toujours eut à l’esprit la petite phrase d’Armstrong : Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ». L’empreinte du premier pas de l’homme sur la lune figure, dupliquée en photo, au dos d’un des vêtements de la collection.

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Message pour le futur, vers un cosmos rêvé, superbe fusion entre poésie et technologie.

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Photos Shoji Fujii

Georges Hobeika

George Hobeika Couture Spring Summer 2018 Collection Paris Fashion Week

Couturier libanais, Georges Hobeika est installé à Beyrouth où il a fondé sa maison. Après des études scientifiques, il s’est découvert une passion pour la mode (sa mère avait un atelier) et à Paris il a fait un stage chez Chanel.

George Hobeika Couture Spring Summer 2018 Collection Paris Fashion Week

Il imagine des robes habillées dans un esprit couture avec un travail de broderies. Sa dernière collection rend hommage à la Grèce antique « dont l’influence continue à exercer sa séduction sur l’humanité ». Une Grèce mâtinée d’Orient, plus hellénistique que classique.

George Hobeika Couture Spring Summer 2018 Collection Paris Fashion Week

Iris van Herpen

 

IRIS VAN HERPEN Haute couture summer 2018

Nuages de tissus en apesanteur, la galerie de minéralogie et de géologie de Paris prête son cadre au défilé d’Iris van Herpen. Plongée dans le futur des technologies, mais empreinte d’une superbe ode à la nature. Avec un délicieux nom latin : Ludi naturae, la créatrice imagine un monde vu d’avion, le regard d’un oiseau se penchant sur la terre et découvrant ses couleurs, ses découpes de territoires, sa magie. La créatrice explique : « j’ai été inspirée par les formes du chaos et de l‘ordre ; nature et civilisation fusionnant en hybrides infinis. » Inspirée notamment par le travail de deux photographes : Thierry Bornier et Andy Yeung, Iris van Herpen a zoomé, objectif terre, cherchant « les forces derrière les formes ».

IRIS VAN HERPEN Haute couture summer 2018

 

Des volutes, des arabesques, des perforations graphiques… Si Iris Van Herpen est magicienne du volume, cette collection travaille aussi plus « à plat » avec de quasi transparences dans des matières utra fines où la silhouette semble suspendue à quelques fils. Légèreté de vêtements seconde peau où le motif joue sur des variations op noir sur chair ou même avatar de tatouage maori. Des tissus d’une finesse extraordinaire avec des impressions 3D qui se jouent sur des épaisseurs de 0,8mm (une technique en collaboration avec l’université de Delft).

IRIS VAN HERPEN Haute couture summer 2018

Clou du défilé, une robe toute en légèreté avec une structure à nervures, silhouette diaphane dans des tons aux reflets irisés bleu-vert. Une palette terre à terre rehaussée de touches de couleurs et animée de la puissance d’un noir ténébreux.

IRIS VAN HERPEN Haute couture summer 2018

Un univers très personnel empreint d’une vision poétique, délicate et toujours enchanteresse.

IRIS VAN HERPEN Haute couture summer 2018

 

Schiaparelli

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Ailleurs, au loin, de belles terres d’inspiration : « La langoureuse Asie et la brûlante Afrique » de Baudelaire s’invitent chez Schiaparelli. Métissage de matières où le sac plastique peut se tisser de soie, où le lin s’orne de raphia. Une collection païenne et jubilatoire imaginée par Bertrand Guyon autour d’une « nuit qui songe, Mythologie du rêve ». En fil rouge, un thème animalier où s’épinglent les insectes, scarabées ou libellules, s’envolent les papillons tandis que les oiseaux qui pépient (bande son) y ont laissé quelques plumes.

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Une touche de rose, shocking évidemment, un motif de coeur, le souvenir de Schiap passe avec légèreté, fantôme surréaliste de la place Vendôme. Des modèles patchworks, marqueterie de serpent, python.

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Un magnifique manteau masque, « Makeda ».

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« Opium », Jumpsuit en organza peau brodée de plumes d’autruche.

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« Tomyris de Perse » fait tapisserie de laine (superbe), poche « cadenassée.

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Coup de coeur pour « Shaquilah de Nabatine », une robe de jacquard de gaze nuit et tussah naturelle à motifs de plumes.

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Des détails couture avec de la dentelle, chantilly, guipure, des broderies, des plumes ; travail du détail magnifié par les métiers d’art.

Apparition de sacs baptisés des noms de Séléné (déesse de la lune), Soteria (divinité allégorique de la guérison) et Selkie (créature imaginaire d’Écosse). Présence tutélaire du S de Schiap. Pour les sacs, une collaboration avec Lucie de la Falaise pour une collection bohême.

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Musée Yves Saint Laurent Paris

E - Robe hommage à Piet Mondrian © Alexandre Guirkinger

 

5 avenue Marceau. C’est à l’ancienne adresse de la couture que le musée Yves Saint Laurent a ouvert ses portes à l’automne. Le parcours inaugural a choisi de privilégier la haute couture au travers d’une sélection d’une cinquantaine de modèles.

L’occasion de voir, dans leur plus belle expression, les pièces qui ont signé le style Saint Laurent : la saharienne, le smoking, le jumpsuit et le trench-coat. Des modèles réinventés par le couturier qui leur a donné un statut définitif dans l’histoire de la mode. Dans le style Saint Laurent se dessine un jeu entre masculin et féminin où la femme s’empare de nouveaux codes avec audace. Le smoking est emprunté au vestiaire masculin et le jumpsuit revisite des tenues d’aviateur. Des « pantalons » à une époque où, en principe, la femme n‘avait légalement pas encore le droit de porter la culotte.

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Les passages les plus extraordinaires sont les évocations d’un ailleurs inspirationnel : la Chine, le Maroc, la Russie, l’Afrique… qui se traduit par une exubérance de couleurs et la richesse des détails.

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L’art est aussi une référence majeure avec les vestes inspirées de Van Gogh, Braque, Picasso. La robe Mondrian (plusieurs modèles), robe droite découpée de plages géométriques de couleurs incarne un vêtement emblématique des années 60 et demeure une des robes les plus connues de l’histoire de la mode.

L’espace le plus « touchant » est le bureau du couturier, désormais visible pour tous, avec sa bibliothèque, son portrait par Bernard Buffet, ses notes, ses croquis, les échantillons de tissus, les fiches d’atelier, les lunettes posées sur le bureau… Paradoxalement la pièce la plus vivante du musée, un lieu où le temps est à jamais suspendu.

Musee Yves Saint Laurent Paris.

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Quand Yves Saint Laurent a cessé sa couture en 2002, une page s’est tournée sur la haute couture. Même si, par certains côtés et grâce à quelques grandes maisons, la haute couture (sur)vit encore aujourd‘hui, la visite du musée Yves Saint Laurent est une belle occasion de se replonger dans le parfum nostalgique d’une certaine idée de la couture.

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Robe Mondrian 1968. © Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris / Alexandre Guirkinger

Croquis premier smoking. 1966. © Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris

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Planche de collection « ENSEMBLES HABILLÉS » 1962 © Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris

Robe hommage à Pablo Picasso. 1979 © Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris / Alexandre Guirkinger

 

Mystiques et mythiques, l’encens et la myrrhe

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Comme les rois mages en Galilée… Riches cadeaux, l’encens et la myrrhe, avec l’or, étaient jadis l’objet d’enjeux économiques importants tandis que des routes se dessinaient pour faire voyager ces ingrédients d’Arabie en Inde… Route de l’encens, route des épices, pour des matières qui, par le passé, jouèrent le même rôle que le pétrole aujourd’hui. Un encens autrefois plus cher que l’or… Mystiques, les senteurs d’encens créent un lien vers le(s) dieu(x) depuis l’Egypte ancienne. Encens et myrrhe figurent aussi dans la composition du kyphi (premier parfum (re)connu) figurant dans les textes des pyramides. La Bible pose la séduction sous l’égide des aromates et multiplie les références à ces senteurs. Du sacré des fumigations au profane de la séduction, deux ingrédients à (re)découvrir désormais sous forme de parfums dans des souvenirs d’épiphanie.

 

Encens

Gomme extraite du boswellia, l’encens était très connu dans le royaume de Saba où la sagesse de la reine n’avait rien à envier à celle de Salomon. Si le nom hébreu, lebonah, est proche de la couleur blanche de la gomme qui s’écoule sous forme de « larmes », le français encens vient du latin « brûler » qui donne la puissante odeur balsamique. Parmi la vingtaine d’espèces de boswellia dont seuls les arbres mâles produisent l’encens, les variétés serrata et carterii produisent l’encens véritable, l’oliban.

En Egypte, Hatchepsout fit organiser une expédition pour chercher la résine « dans le pays de Pount » et 31 arbres furent ramenés. De nombreuses légendes se dessinent depuis l’Antiquité autour de l’encens. Pour Hérodote, les arbres à encens sont gardés par des serpents ailés ! Pour Pline, il faut saigner l’arbre pour obtenir sa gomme. « On pratique des incisions là où l’écorce paraît le plus gorgée, là où elle est le plus mince et le plus tendue. On dilate la plaie, mais sans rien enlever. Il en jaillit une écume onctueuse, qui s’épaissit et se coagule; on la reçoit sur des nattes de palmier quand la nature du lieu l’exige, autrement sur une aire battue alentour ». Pour Marco Polo l’encens est aussi une richesse : «… l’encens blanc y naît fort bon, en abondance, et vous décrirai comment il naît… En cette cité viennent encore maints beaux destriers d’Arabie, que les marchands portent ensuite avec leurs nefs en Inde, et dont ils font grand profit ».

Utilisée par l’homme pour son odeur de bois camphré, épicée, la résine est associée, pour les Chrétiens, aux odeurs d’église. Si l’encens figure dans la Bible, il fut beaucoup associé à de nombreux cultes païens avant d’être adopté par la chrétienté (via l’encensoir). C’est à partir de ce souvenir d’église, où il allait en compagnie de sa grand-mère, que Giorgio Armani fit créer Bois d’encens (Armani privé). Magnifique composition de Michel Almairac, Bois d’encens s’entoure d’épices, de poivre et de racines de vétiver. Chez Annick Goutal, parmi la trilogie des orientalistes figure un Encens flamboyant avec farandole d’épices, poivre, baie rose, cardamome, muscade sur encens, lentisque.

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Aujourd’hui une pléthore de parfums redécouvre l’encens, nombre de marques de niche en font leur miel. Dans un esprit orientaliste, ces senteurs ténébreuses mènent vers l’opulence de riches sillages.

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Chez Comme des garçons, une série d’Encens rend hommage à l’esprit du lieu : Avignon, Jaisalmer, Kyoto, Ouarzazate, Zagorsk. Des senteurs avec des variations autour des épices (muscade, cardamome, cannelle, …), des bois (palissandre, gaïac, cèdre, pin…). Chez Heeley, Phoenicia mêle l’encens à la douceur de fruits confits : datte et raisins secs tandis que Cardinal entraîne dans une église où les vapeurs d’encens épousent des senteurs de lin frais. Chez Byredo, Encens Chembur entraîne sur les chemins d’un temple Hindou (près de Mumbai) avec encens relevé de citron, muscade, gingembre. Passage d’enfer de l’Artisan parfumeur est signé par Olivia Giacobetti qui éclaire son encens sombre de lys et musc blanc. Tom Ford avec son Sahara noir plonge dans le mystère d’un encens épicé (poivre) et balsamique. État libre d’orange avec Rien Intense Encense associe l’encens à des notes cuirées tandis qu’Encens et bubblegum oppose douceur et profondeur avec humour.

 

De l’église à la séduction Baudelaire rêve l’encens :

« Sur ta chair, le parfum rôde

Comme autour d’un encensoir »

 

 

 

 

La myrrhe

Deuxième cadeau des rois mages, la myrrhe est une gomme résine produite par le commiphora myrrha, un arbre qui pousse au Yémen, en Somalie et révèle des senteurs de citron, romarin. Pour Pline : « L’arbre a cinq coudées de haut, et n’est pas sans épines … L’arbre à myrrhe, transsude d’abord spontanément avant l’incision une myrrhe appelée stacté, que l’on préfère à toutes les autres; au second rang est la myrrhe que l’on cultive; parmi les myrrhes sauvages la meilleure est celle qui se récolte en été. » La légende du nom vient de Myrrha, fille d’un roi d’Assyrie qui séduisit son père et en punition fut transformée en arbre à myrrhe. Un arbuste épineux d’où, neuf mois plus tard, naquit Adonis. La myrrhe s’associe également à la séduction dans la Bible où le terme figure une dizaine de fois. Dans le livre d’Esther, les jeunes filles se préparent pour le roi Assuérus en se purifiant avec de l’huile de myrrhe pendant six mois. Le livre des proverbes laisse libre parole à la femme adultère : « J‘ai parfumé ma couche. De myrrhe, d’aloès et de cinnamome. Viens enivrons-nous d’amour jusqu’au matin, livrons-nous aux délices de la volupté. »

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Chez Annick Goutal, elle s’enflamme en Myrrhe ardente avec des notes fumées de gaïac, cire d’abeille sur fond benjoin et fève tonka. La Myrrhe de Serge Lutens ajoute mandarine de Chine, amande amère sur cœur boisé, épicé, miellé et fond ambré musqué.

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Mallarmé dans son poème La nourrice. Hérodiade l’évoque :

« Sinon la myrrhe gaie en ses bouteilles closes,

De l’essence ravie aux vieillesses de roses »

 

Sumer et le paradigme moderne

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Des traces cunéiformes, l’épopée de Gilgamesh, la figure de Gudéa ou encore la construction d’une ziggurat (où plane l’imaginaire de Babel) trouvent un écho dans l’art moderne. Avec une curieuse et séduisante exposition, la Fondation Miro de Barcelone célèbre la mise en résonance de cette civilisation sumérienne avec l’art moderne. Les fouilles en Mésopotamie mirent à jour des vestiges archéologiques depuis le XIXe s. ; ces éléments furent progressivement portés à la connaissance de l’Occident. George Bataille en 1929 avec son journal Documents mettait en ouverture un article de Georges Contenau sur l’art sumérien. Les artistes vont s’intéresser à cet art. Si Giacometti a choisi l’Égypte (L’homme qui marche), il a aussi dessiné des figures de Gudea.

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La figure

Énigmatiques, les sculptures sumériennes offrent différentes interprétations dans les détails (plumes ?) tandis que leurs regards invitent au mystère. Henry Moore marqua son intérêt pour les sculptures : « These sumerian figures have full three-dimensional existence. And in Sumerian art (as perhaps in all the greatest sculpture and painting) along with the abstract value of form and design, inseparable from it, is a deep human element ». Barbara Hepworth également s’intéressa à cet art et certaines de ses oeuvres semblent en résonance.

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Juan Miro avait épinglé des photos d’oeuvres sumériennes dans son atelier. Dans une conversation avec Pierre Schneider au Louvre publiée en 1963, Miro réagissait particulièrement à la vue de l’art sumérien. Pierre Schneider se souvient que Miro recherchait des objets de forme bizarre, asymétriques, tatoués et avec des inscriptions.

 

La composition des oeuvres quand elles figurent sur des cylindres se révèle sans fin, répétition à l’infini d’un motif tournant en boucle sur lui-même

Willi Baumeister a dessiné une série de Gilgamesh, un cycle où l’artiste illustre l’épopée avec des scènes où se découpe en fond la cité d’Uruk. Pour Baumeister l’épopée a un lien direct avec le contexte tragique de la guerre en Allemagne. Baumeister a également pein Ur-Schanabi on green, un dialogue entre Gilgamesh et le passeur.

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Pour Willem de Kooning impressionné par les figures de Tell Asma, une série de femmes, déesses de la fertilité, mains jointes , frontalité Sumer ?

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Une figure de visage sculpté de Sumer figure aussi dans le Film (c’est son nom) de Samuel Beckett réalisé par Alan Schneider en 1965. Un homme (Buster Keaton) terrifie ceux qu’il croise sur son chemin. Chez lui il ne supporte aucun regard et face au visage de Sumer, il arrache la photo, la déchire pour que disparaisse à jamais ce regard. En épilogue, le héros se révèle borgne.

 

L’écriture

Signes posés par l’application de calame sur l’argile, les traits de l’écriture cunéiforme ont fait entrer la civilisation dans l’histoire. De pictogrammes, l’écriture s’est abstractisée avec des signe phonétiques. Cette forme de langage pour communiquer aux origines de l’histoire ne pouvait manquer intéresser les artistes modernes. Influencé par ces premières écritures, Henri Michaux se mit à répéter des signes, lui qui rêvait d’une langue «  sans appartenance, sans filiation »… La langue rêvée de Michaux.

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Le mythe

La ziggurat avec sa forme à étages tisse le lien avec l’histoire biblique de la Tour de Babel et de l’homme qui veut se mesurer au Dieu. Le Corbusier avait notamment imaginé le Mundaneum, un centre de culture mondiale, un projet non réalisé mais avec une forme à étages dans l’esprit d’une ziggurat. Adolf Loos avec son projet de mausolée pour Max Dvorak imaginait un cube surmonté d’une forme en escalier.

 

Si l ‘Occident a pu s’inspirer de l’antiquité et ici de Sumer, c’est parce que ces civilisations ont été données à voir , à comprendre, mais aussi au prix de pillages… Le paradoxe de la découverte archéologique pour donner à voir, à comprendre est de détruire. Dans Les statues meurent aussi, un film d’Alain Resnais et Chris Marker en 1953 était définie la culture « … Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l’art. Cette botanique de la mort, c’est ce que nous appelons la culture. » Le film mettait l’accent sur cet aspect, mais à propos de la scultpture africaine, critiquant ce que L’occident peut induire dans un continent.

Pour la Mésopotamie, c’est le film de Francis Alÿs : Color Matching. Untitled, Mossul, Iraq qui pose la question du rôle de l’homme… Un paysage, une armée et une palette d’artiste qui utilise la gamme chromatique de ce qu’il voit. « Is art just a means of survival through the catastroph of war ?… Why the Middle East ? Because it’s the nest of civilization, the heart of all human conflicts »…

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