Chanel

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Mythique, la rue Cambon, célèbre pour son escalier, et ses miroirs, s’est invitée grand format dans la nef du Grand Palais. L’esprit du lieu de la maison a soufflé sur une collection évidemment très Chanel. Un cylindre à facettes, kaléidoscope en miroirs, est arpenté par les mannequins dont les silhouettes se démultiplient, se répondent à l’infini. Silhouette au cheveu aplati et souvent chapeau basculé en arrière, la femme Chanel s’avance en tailleur. Pour le jour, tweed majeur, mais avec une silhouette qui joue aussi la jupe boule et ouvre la veste sur les côtés. Parfois le décolleté ose la profondeur…

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Tenues de soirée avec satin, organza et broderies précieuses. Exubérant, le travail de plumasserie met en valeur le savoir-faire de la maison Lemarié (aujourd’hui dans le giron Chanel Paraffection). Pour le final, robe de princesse (mariée) rose à volants pour la nouvelle muse maison, Lily-Rose Depp.

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Yuima Nakazato

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Invité du calendrier de la haute couture, le jeune Japonais passé par l’académie d’Anvers explore les possibilités technologiques et imagine une mode pour le « futur ». Cette saison, il s’inspire des quatre éléments : feu, eau, terre et vent (plus poétique que air ?). Le créateur compose des vêtements uniques, fruit de combinaisons diverses : « to each individual, his own design ». Si le vêtement ne nécessite plus l’étape « couture », la formule se simplifie. Dans cette collection, pas de fil, pas d’aiguille, mais un assemblage d’« unités ».

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Une planche de symboles illustre chaque élément ; les motifs sont ensuite combinés, deux, trois ou quatre ainsi une robe feu, vent, eau et terre. Des matières plastiques, mais aussi d’autres, nobles et précieuses, comme l’organdi et des applications de cuivre. Dans sa présentation poétique, les silhouettes surgissent des ténèbres pour juste s’exposer un instant sous le feu des lumières. Maquillage à excroissances pour aliens d’un nouveau monde. Une des voies (et voix) du futur dans la haute couture.

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Georges Hobeika

Georges Hobeika, Couture, Spring Summer 2017 Fashion Show in Paris

 

Si Georges Hobeika défile à Paris depuis 2001, il est cette saison membre invité de la haute couture. Fondée en 1995 à Beyrouth, sa maison est reconnue notamment pour son travail de broderie et ses robes de mariées.

Georges Hobeika, Couture, Spring Summer 2017 Fashion Show in Paris

Georges Hobeika, Couture, Spring Summer 2017 Fashion Show in Paris

Cap sur l’Asie avec une collection tout en légèreté où se découvrent des motifs de dragon, éventail, fleurs… Chine éternelle et Japon des hanami. Des broderies florales en pétales colorés et motifs graphiques d’arabesques. À noter les bijoux d’oreille.

Georges Hobeika, Couture, Spring Summer 2017 Fashion Show in Paris

Iris van Herpen

IRIS VAN HERPEN HAUTE COUTURE SPRING SUMMER 2017

 

Membre invité de la haute couture, la jeune Hollandaise Iris van Herpen continue l’exploration d’un futur avec des tenues complexes dans des matières novatrices. Visionnaire, « Between the lines » dessine entre les lignes. Se tracent des traits, des ondulations qui découpent les formes, les ouvrent, les entrouvrent. Traversé de traits de lumière, le décor amplifie la géométrie et s’invite une troisième dimension. Le corps est oblitéré par une forme en superposition qui se pose en carapace. Jeux de perception, de distorsion de la lumière. Réduite, la palette se tisse de noir, de blanc et d’effets de transparence. Tissus techniques, travail 3D, coupes au laser, mais aussi intervention de la main. Manus X Machina, comme la magnifique exposition du MET où figuraient les créations d’Iris van Herpen.

IRIS VAN HERPEN HAUTE COUTURE SPRING SUMMER 2017

IRIS VAN HERPEN HAUTE COUTURE SPRING SUMMER 2017

Naturalité, minéralité,… Formes complexes, strates, lamelles, volutes, découpes, effets de transparence. Robe translucide, givre en suspension, écailles de verre. Soie et plastique. Artisanat et technologie. Une vraie audace créative.

 

IRIS VAN HERPEN HAUTE COUTURE SPRING SUMMER 2017

Schiaparelli

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Désormais avec l’appellation officielle de Haute Couture, la maison Schiaparelli a présenté sa dernière collection dans ses salons historiques du 21 place Vendôme.

Avec talent Bertrand Guyon revisite les codes maison en posant des motifs de cadenas, de serrure, de homard, de coeur, de soleil,… sur les tenues. Des réminiscences surréalistes, mais avec des accents quasi pop et une palette de couleurs vives où le rose shocking souvent s’invite. Deux visages en trompe-l’oeil évoquent un dessin de Cocteau utilisé par Schiaparelli en 1937. Des tissus à rayures, à pois et tournoient les amples jupes millefiori. Superbe veste « psychédélique » brodée de paillettes aux allures de peinture abstraite.

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Cette saison, le couturier a choisi de faire vagabonder son inspiration vers l’Orient avec japonaiseries et chinoiseries joliment transposées en mode. Esprit des formes de vêtements prisés par Elsa, le kimono japonais ou le hanfu chinois se redessinent avec une nouvelle légèreté et une élégance couture. Motifs végétaux où fleurissent lotus et nénuphars ; thèmes animaliers peuplés de carpes ou de dragons. Richesse des tissus, exubérance des motifs. Transposition d’armure en carapace légère aux « écailles de jacquard ». Motif de « cloisonné ». Exotiques, les noms voyagent : Joueuse de go, La clef du temple, Le paravent de laque, Nymphéas et lotus… Un ravissant vagabondage.

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Disguise

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Continent magique, l’Afrique a été le berceau de croyances et de formes d’art dont les masques sont les vaillants miroirs. Disguise. Masks and global African Art, étonnante exposition au Musée de Brooklyn, a mis en scène la notion de « déguisement » qui va vers le religieux, le politique, la fantaisie débridée ou même l’humour.

Source d’inspiration infinie, l’Afrique a en partie suscité ce qui a été qualifié de primitivisme dans l’art occidental (retour à des formes originelles, naïves, pures, exotiques…). Chez Picasso, le cubisme s’est forgé suite à la découverte de masques africains au musée du Trocadéro ou dans l’atelier de Derain. L’idée de représenter la multiplicité des faces (visages) trouve une expression magistrale dans Les demoiselles d’Avignon. C’était alors une heureuse époque où l’inspiration était vue comme un hommage et pas comme un pillage.

En mode, Yves Saint Laurent a imaginé une collection africaine en 1967 avec des robes d’inspiration Bambara et l’utilisation de matériaux atypiques comme le bois, le raphia. Si les tissus imprimés Wax passent par la Hollande, l’Indonésie, ils incarnent désormais l’Afrique. Aujourd’hui le wax est utilisé par de nombreux créateurs dans un esprit ethnique, mais surgissent aussi parfois des polémiques excessives quant à une forme de « réappropriation » d’une culture, d’un continent.

 

Le masque conduit sur la voie des masques, mais si celle choisie par Claude Lévi-Strauss s’est seulement consacrée aux Indiens d’Amérique du Nord, le masque est présent dans nombre de civilisations. Le masque cache, oblitère, occulte le visage, il prépare le corps à une transformation, à une mutation qui peut aussi conduire à un état de transe. Prendre une nouvelle apparence, devenir « autre ».

À Brooklyn figure la collection de masques du musée de Seattle et des oeuvres créées par des artistes contemporains autour de ce thème traité en toute liberté.

-Brendan Fernandes s’est inspiré du commerce des faux masques africains vendus à Canal Street et fabriqués à la chaîne non loin de là. Avec No Primitivism, l’artiste utilise de fausses silhouettes de daims en plastique affublés de masques typiques de l’art africain dans une pièce « vert safari » décorée de sagaies. Avec cette parodique vision d’une « real New York City Experience » se pose la question de la fausse idée de l’art primitif aujourd’hui en perte de ses valeurs originelles.

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-Nandipha Mntambo. Avec Umfelokati Wenhlaba, l’artiste choisit une peau de vache, un animal qu’il voit comme une connexion entre différentes civilisations (rôle divin en Egypte ancienne, en Inde…). Cette peau est drapée, moulée sur un corps pour en redessiner une forme humanisée. Sa vision d’Europa, en songeant au subterfuge de Zeus pour séduire Europe, crée un hybride homme-animal (pour la part sombre et animale qui subsiste en chaque être).

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-Waltr Oltmann. L’observation du travail des insectes, la vision des colons débarquant en Afrique, la transformation,… autant de thèmes pour aboutir à des hybrides avec un vêtement protection, chenille humaine à « poils », à piquants, aliens d’un nouveau monde.

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-Wura Natasha Ogunji. Avec son appareil photo et déguisé, l’artiste capte des moments, des rencontres et oppose deux mondes. Les Etats-Unis où chacun est soucieux du côté privé de son existence et Lagos où chacun observe l’autre, simplement avec curiosité, mais sans malveillance.

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-Saya Woolfalk. Empathy imagine un groupe de femme, les Empathics qui explorent le processus d’hybridation par le costume, le maquillage. ChimaTEK est la prolongation de ce projet imaginé pour Brooklyn avec des sculptures textiles. Parodie d’Elvis Presley, dialogue étrange de personnages grimaçants, masques anciens, un monde coloré et joyeux fusionne tradition et vision du monde actuel autour du déguisement et de l’univers artistique issu du continent africain.

Un angle original autour de la transformation via le costume, le tout sacrément « ambiancé ».

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Véronique Leroy

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La musique de Véronique Leroy recèle un charme singulier. Une silhouette féminine, oui, mais aussi déterminée, volontaire. Cette saison le choix des couleurs oscille entre mauve, ocre et noir. Des « filets » en superposition, une robe tablier, des mélanges, télescopages stylistiques. Des épaules toujours marquées et une féminité assumée, revendiquée. Cache coeur. Joli travail sur la toile de jean délavée dans des tons gris, bleu… mauve et travaillée dans des formes amples. Tissage macramé, un jeu d’enfants en lanières beige pour squaw d’aujourd’hui. Grands imprimés floraux. Et un zeste de rouge coquelicot sur la voie de la couleur.

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