Junya Watanabe

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« Nature » revendique le défilé de Junya Watanabe qui oppose le noir au blanc dans des effets optiques et cinétiques. Motifs géométriques, ronds, carreaux, volutes,…

Le créateur a sélectionné des tissus de la maison finlandaise Marimekko pour une série de ses modèles. Iso Noppa (1954) de Vuokko Eskolin-Nurmesniemi avec ses petits rectangles noirs.

Isot Kivet de Maia Isola avec de gros ronds noirs irréguliers.

Lintukoto de Maija Louekari est la vedette du défilé avec sa farandole de végétaux recolorés par endroits…

Dans le style s retrouve les formes très complexes de Junya Watanabe. Des volumes, de la déstructure, des effets de drapés. L’allure du défilé dans les maquillages, les coiffures, le détail des accessoires, cloutés métal, donne une dimension punk, un des territoires de prédilection du créateur japonais. Une échappée marine avec quelques modèles à rayures blanc bleu.

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Vert chlorophylle (?) avec le passage d’imprimés camouflages dans des tonalités où la nature joue le trompe-l’oeil sur un mode belliqueux.

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Lutz

 

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Exagération des volumes, hybridation des matières, Lutz poursuit avec bonheur le mélange des genres. Le bomber (ex blouson d’aviateur) est toujours présent, déconstruit, découpé et augmenté d’autres tissus, patchwork. Vestes à manches élargies vers le bas en volume.

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Le jean (blouson, pantalon) est morcelé, voire déchiré et agrémenté de détails de dentelle féminisant le style.

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Le plissé s’offre en éventail dans d’amples robes à porter sur des pantalons.

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Vestes boules. Gabardine de trench en tailleurs. Robe chemisier en coton au détail de résille en transparence autour du col.

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Lamé brillant pour robe asymétrique sur pantalon.

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Détourné, le vêtement est transformé, métamorphosé, séduisant avatar hybride. Lutz : une belle histoire de mode personnelle.

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Undercover

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Body double ? Inquiétante étrangeté, l’une et l’autre défilent en binôme. Déambulent de fausses jumelles dans une collection trouble, hommage à Cindy Sherman.

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Les liens d’amitié unissant Jun Takahashi et la photographe américaine font bonne figure avec ses autoportraits imprimés sur des robes, des vestes, des pantalons. Dans son oeuvre Cindy Sherman se métamorphose, se maquille, s’habille jusqu’à devenir méconnaissable, parfois grotesque, toujours intrigante. Dans le défilé, jeu de miroir entre les mannequins, poupées autant désincarnées qu’animées, mécaniques. La fausse gémellité est amplifiée par nombre de vêtements réversibles. Dans le style des coiffures, des maquillages, un air rétro, un esprit vintage 40-50 avec des tenues qui pourraient figurer dans des bals de promotions. Mais les détails emportent les silhouettes vers d’autres rives. Des jupons de tulle parfois découpés, tailladés. Du masculin-féminin. Des détails surréalistes au motif de bouches. Des paysages étranges, des roses noires, des chats noirs…

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En final, le paroxysme avec deux silhouettes façon jumelles Brady. Assassinées par leur père dans l’hôtel Overlook, elles incarnent deux figures mythiques et déstabilisantes de Shining. Une petite robe bleu ciel sage avec une ceinture en satin rose ornée de fleurs, de petites manches ballon et la même, constellée de perles rouges dégoulinantes façon traînées de sang. Redrum !!!!!

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Intrigant, mystérieux, un spectacle, mais aussi et surtout une magnifique collection.

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C Guillaume Roujas / NOWFASHION

Hervé Léger Leroux

Hervé Léger

 

(Re)connu pour ses robes à bandes qui sculptaient et magnifiaient le corps, Hervé Léger Leroux vient de disparaître à l’âge de 60 ans.

Né Hervé Peugnet, le créateur débute en tant que coiffeur, puis modiste avant de créer des robes. Karl Lagerfeld lui invente son premier nom pour le lancement de sa marque en 1985 : Hervé Léger. Dans les années 90 il acquiert une notoriété avec ses robes à bandes qui gainent les corps, les sculptent, en gomment les défauts; des robes de déesses. Il défile à Paris, les plus beaux top de l’époque portent ses modèles : Cindy Crawford, Karen Mulder…. Pour Iman Hervé Léger créera une superbe robe à l’occasion de son mariage avec David Bowie en 1992.

Une rencontre avec Edgar Bronfman Jr et son épouse qui aime ses robes conduit à une participation de Seagram dans la maison Leroux en 1995. Quelques années plus tard le groupe décide de cesser cette activité mode. Hervé Léger n’a pas vraiment le temps de trouver un nouveau partenaire et sa maison passe dans les mains de BCBG Max Azria. L’entente n’existera pas et Hervé Léger perdra son rôle et son nom dans l’histoire.

En 2000 il décide de recommencer sous un autre nom que lui trouve à nouveau Karl Lagerfeld en raison de la couleur de ses cheveux : Hervé L. Leroux. Il s’installe à Saint-Germain-des-Prés dans un lieu qui avait appartenu à Madeleine Castaing. Il redémarra avec courage sa carrière de façon plus intimiste ouvrant une boutique et un studio, épaulé par sa soeur Jocelyne. Il y a quelques mois l’aventure de la rue Jacob s’est malheureusement terminée, mais Hervé Léger nourrissait encore des projets…

Le 25 septembre sur sa page facebook Hervé Léger avait mis une photo de Dita von Teese en robe Hervé Léger photographiée par Ali Madhavi.

 

 

Je me souviens…

Un première rencontre à Tokyo à la fin des années 80 où je lui parlais de mes deux vêtements Hervé Léger : une robe bi-matière noir et blanc et un blouson vert à boutons dorés.

Quelques années plus tard, une interview pour Cosmétique News autour de créateurs qui pourraient lancer un parfum à leur nom.

Quelques mois plus tard des rendez-vous amicaux pour discuter d’une proposition faite par Procter & Gamble de créer un parfum Hervé Léger.

Un grand papier et la couverture de Cosmétique News pour annoncer le lancement du parfum. Une très jolie création : un oriental boisé d’Alberto Morillas, un flacon de Serge Mansau façon colonne sans fin aux quatre faces différentes et des photos magnifiques de Francis Giacobetti dans un jeu de lumières écho aux bandes mythiques. Làs le timing du lancement coïncida avec le changement de partenaire et la perte du nom…

Plusieurs fois j’allais rue Jacob voir les créations dans le petit salon feutré décoré de pièces de Fornasetti notamment. Entendre les anecdotes d’Hervé ainsi sa rencontre avec une actrice anglaise très connue à laquelle il avait annoncé que ses robes faisaient des miracles !

J’aimais l’entendre parler de plantes et de son jardin soigné avec une attention remarquable.

Il y a quelques mois je l’ai croisé au marché avec Jocelyne et il m’annonçait la fin de l’aventure de la rue Jacob…

Je me souviens de son rire, de son énergie face à l’adversité.

Triste

 

C Ali Madhavi

 

Issey Miyake

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Si la recherche est un maître mot dans les collections d’Issey Miyake, poésie et fantaisie sont aussi toujours de la partie. « A piece of Memory » se penche sur la nature et ce qu’elle représente au fil du temps.

D’une masse informe, un souffle, un mouvement et surgissent deux corps dansants, le ton est donné. Une danse élémentaire vers la terre, une terre explorée par le créateur Yoshiyuki Miyamae. Cette saison, l’Islande et sa géographie extraordinaire sont source d’inspiration : terre de glaciers, de geysers, de paysages rudes et magnifiques… Dans des tonalités de bleus et de verts, les imprimés voyagent. Les différentes techniques donnent aux vêtements de l’ampleur, du volume, tissus extensibles, effets ressort. `

Steam Stretch. Les formes 3D sont aplaties au moment de l’impression et la couleur de base se dessine à l’ombre des plis.

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Baked stretch. Une technique de « cuisson » qui donne de plus en plus de souplesse au vêtement. En imprimés, les paysages d’Islande se dessinent entre les plis.

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Vêtements à carreaux teints d’une couleur marron obtenue par un pigment provenant de la terre. Un procédé issu d’une technique traditionnelle japonaise originaire d’Amami Oshima : Dorozome

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« Cube » Un tissu composé à partir de plusieurs carrés combinés. Au final, un carré à plat qui prend tout son volume un fois déplié et porté.

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Un technologie en recherche permanente mais au service d’un collection joyeuse, ludique, écrin d’un corps en mouvement.

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Photos Fréderique Dumoulin

Uma Wang

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Créatrice chinoise ayant étudié à Shanghai puis à Londres, Uma Wang poursuit une route personnelle et poétique depuis la création de sa maison en 2009. Pour son deuxième défilé parisien, elle se plonge dans les années vingt (XXe siècle) en Occident. Durant cette période riche en liberté d’esprit, en créations, la mode s’est libérée de ses carcans et réinterprète des vêtements venus d’ailleurs, en formes, en motifs. Rêvé par le prisme d’une lecture occidentale qui le phantasmait merveilleux, cet Orient était source d’inspiration infinie.

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Subtile et poétique, la collection d’Uma Wang demeure dans la palette qui sied à la créatrice, des gammes infinies autour du beige, du marron, couleurs de terres, sourdes. Des couleurs délavées, détrempées… portées par de longues robes où les formes de caftan sont retravaillées, déconstruites en asymétrie pour donner des effets de volumes, de drapés. Dans les velours, les tons vifs surgissent éclatants, soyeux, brillants, en violet, en vert… Une robe manteau bi-matière, veste en molleton de coton et bas de jupe en velours brillant et motifs floraux.

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Superposition de gilets en transparence sur des jupes, des voiles. L’art déco s’invite également et son caractère géométrique se retrouve dans la mise à carreaux d’un imprimé à damier en version marron (en show-room existe une déclinaison bleue).

Une magnifique collection empreinte de sérénité, de douceur, de poésie. Une belle et vraie histoire de mode personnelle, intemporelle.

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Ann Demeulemeester

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Sébastien Meunier poursuit l’oeuvre au noir et blanc de la maison en retravaillant les codes avec respect. Silhouettes fluides, détails de lanières, de sangles, habits de plumes… Du noir, du blanc ; du noir et du blanc, comme les touches d’un piano qui composent chaque saison une nouvelle histoire.

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Dans cette dernière collection se déclinent les mots Kids et Forever.

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Just Kids, comme le récit de Patti Smith dont la silhouette et l’allure ont souvent côtoyé l’histoire de la maison. En 2 000 Ann Demeulemeester avait déjà, sur des tabliers en mousseline, posé des phrases de ses poèmes; puis plus tard sur des tee-shirts : What remains is Future. La dernière collection homme signée Sébastien Meunier (Printemps-été 2018) rendait hommage au duo Mapplethorpe-Patti Smith et à leur vie bohème et créatrice.

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Une androgynie travaillée, du masculine-féminin, en noir et blanc. Black and white forever. : What remains is Future.

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Photos Guillaume Roujas / Nowfashion