Avec sa collection de sacs miniatures, Delvaux a imaginé le concept de la belgitude mis en images par le cinéaste Jaco van Dormael. Un jeu d’échelle poétique désoriente le spectateur comme Alice perdue dans la labyrinthe de ses aventures ou Gulliver à Lilliput.
Maison fondée en 1829 en Belgique, Delvaux continue le métier de la maroquinerie sans oublier la fantaisie et un humour typiquement belge. L’art s’invite souvent dans les collections ainsi le mythique « ceci n’est pas un Delvaux ». Pour la collection de miniatures, le cinéaste a choisi de représenter plusieurs villes de Belgique, décor écrin aux mini sacs. Parmi les évocations emblématiques, beaucoup sont d’ordre alimentaire. La gaufre symbolise Liège avec des buildings en échafaudages de gaufres et un parc de brocolis.
Les choux (légumes) évoquent naturellement Bruxelles.
Ostende affronte une mer déchaînée en coquilles de moules suurmontée d’un monstre marin.
Namur est un paysage de frites qui ressemblent à un champ de céréales, blé d’or façon frites qui auraient pu être un peu plus dorées (ma belgitude à moi).
L’art a aussi droit de cité avec Magritte. Gand se dessine dans un tableau de Magritte avec un petit bonhomme qui semble habillé par Stromae et l’iconique « Ceci n’est pas un Delvaux ».
Anvers tout en courbes, montagne de corps.
Knokke où le casino est décoré de peintures de Magritte a droit aussi à un hommage au peintre avec un ciel constellé de chapeaux melon s’élevant en montgolfières.
Jaco, le héros d’un délicieux petit film enchanteur. Une échappée poétique à l’image de son réalisateur, sans oublier un zeste d’humour dans le droit fil d’une Belgique truculente.
Fortuny, à ce seul nom s’invite un cortège d’exquises évocations : Proust, un magnifique palais musée à Venise et une robe mythique à petits plis, la Delphos. Le musée Galliera dédie à ce couturier étonnant une magnifique exposition pour plonger dans la mode et le monde du début du XXe siècle. Né Espagnol, Mariano Fortuny hésite entre plusieurs voies, il s’intéresse d’abord aux arts, puis aux éclairages, déposant un grand nombre de brevets dans ce domaine, avant de choisir la mode jusqu’à devenir la référence absolue de l’élégance au début du XXe siècle.
Delphos et la Grèce
C’est en 1909 que Fortuny dépose un brevet de tissu pour un « genre d’étoffe plissée-ondulée N°414.119 » à l’office national de la propriété industrielle. Avec son invention de plissé ondulé, il va imaginer un modèle qui renoue avec l’Antiquité. Robe mythique façonnée avec de petits plis, la Delphos rend hommage à la ville de Delphes et à sa sculpture emblématique de l‘aurige. Dans la forme, elle s’inspire d’un fourreau comme celui de la koré de Samos et donne une liberté de mouvement tout en se fermant d’un long boutonnage. Déjà la robe pouvait se mettre en boule et reprendre sa forme initiale ; au début elle était portée plutôt comme robe d’intérieur, puis a évolué vers le soir. Selon les registres, 367 exemplaires ont été vendus. Dans son inspiration grecque, Fortuny a choisi de baptiser son châle du nom de Knossos. En 1906 un ballet pour l’inauguration du théâtre de la comtesse de Béarn (Hôtel de Béhague) utilise ces voiles asymétriques tandis que les éclairages sont aussi un travail de Fortuny. L‘art et la mode en 1908 évoque ces Knossos. : « À Paris, il n’est bruit en ce moment que de la fameuse écharpe peinte par Fortuny ». Et si Isadora Duncan, cliente fidèle, dont les filles adoptives portaient les robes, est morte étranglée par un châle, elle ne portait pas ce jour funeste un Knossos.
Mariano Fortuny (1871-1949). Robe Delphos en soie plissÈe grise, vers 1920. Galliera, musÈe de la Mode de la Ville de Paris.
Mariano Fortuny (1871-1949). Robe Delphos en soie noire, perles d’ambre sur les Èpaules, vers 1912. Galliera, musÈe de la Mode de la Ville de Paris.
Eleonora et l’ailleurs
L’autre robe mythique fut Eleonora, un prénom peut-être référence à Eleonora Duse, comédienne et maîtresse de D’Annunzio, un proche de Fortuny. La Duse porta plusieurs fois cette grande robe d’esprit médiéval. En velours, lin ou coton, Eleonora est riche de motifs héraldiques ou floraux et se prolonge parfois d’une traîne. Si la Delphos joue la sobriété, une forme de classicisme, Eleonora va vers une opulence baroque avec la richesse de ses motifs. L’inspiration de Fortuny vagabonde, vers différentes époques et de multiples cultures : l’art islamique, le Japon, la Renaissance italienne dans un esprit éclectique. Sans oublier les créations de Vitali Babani qui eut l’autorisation d’apposer sa griffe au début dans les modèles de Fortuny. Couturier et importateur de vêtements exotiques rapportés de voyages, Babani s’inspira de l’Orient et créa des kimonos dans l’esprit du japonisme.
Mariano Fortuny (1871-1949). Robe Eleonora. Velours de soie vert imprimÈ or, toile de soie plissÈe verte, cordonnet de soie verte, perles en verre noir etblanc, doublure en toile de soie or. Vers 1912. Galliera, musÈe de la Mode de la Ville de Paris.
Mariano Fortuny (1871-1949). Robe Eleonora. Velours de soie bronze-vieil or imprimÈ or. Toile de soie marron plissÈe. Cordonnet de soie noire, perles en verre noires, blanches et jaunes. Doublure en toile de soie vieil or. Vers 1910. Galliera, musÈe de la Mode de la Ville de Paris.
Proust
Pas moins de dix-neuf citations figurent dans la recherche du temps perdu. « De toutes les robes ou robes de chambre que portait madame de Guermantes,… c’étaient ces robes que Fortuny a faites d’après d’antiques dessins de Venise ». « Les toilettes d’aujourd’hui n’ont pas tant de caractère, exception faite pour les robes de Fortuny ». « La robe de Fortuny que portait ce soir-là Albertine me semblait comme l’ombre tentatrice de cette invisible Venise… » Le nom de Fortuny s’attache indéfectiblement à Venise et emporte dans son cortège d’évocations la route vers L’orient, autre source d’inspiration du couturier. Chez Proust Fortuny est une exception, le personnage conserve son vrai nom. Dans une lettre à Maria Hahn de Madrazo, Proust explique : « Je ne parle d’aucun artiste puisque c’est une oeuvre non de critique mais de vie. Mais il est probable … qu’il y aura une exception unique pour des raisons de circonstance et de charpente romanesque et que cette exception sera Fortuny… » Pour l’écrivain, le personnage de Fortuny joue un rôle dans son association à Venise. Toujours avec Maria Hahn, Proust demande des précisions sur une cape inspirée d’un vêtement d’un tableau de Carpaccio, le Miracle de la relique de la croix. Maria Hahn interroge Fortuny et transmet la réponse : « c’est des épaules de ce compagnon de la Calza qu’il avait détaché (le manteau) pour le jeter sur celles de tant de parisiennes ». Le personnage de Fortuny est aussi le reflet du désir de Venise pour Proust. « Ces robes de Fortuny dont j’avais vu l’une sur madame de Guermantes, c’était celle dont Elstir, quand il nous parlait des vêtements magnifiques des contemporaines de Carpaccio et du Titien, nous avait annoncé la prochaine apparition, renaissant de leurs cendres, somptueuses, car tout doit revenir, comme il est écrit aux voûtes de saint Marc… »
Voir Venise
C’est à Venise que Fortuny s’installe et là qu’il finira sa vie, son corps exposé en son palais à sa mort en 1949. Il acheta d’abord les combles du Palazzo Pesaro Orfei, un édifice du XVe siècle pour y établir un atelier. Il continua ses achats jusqu’à ce que le palais soit entièrement reconstitué et devienne le théâtre d’un atelier de création et d’impression. Aujourd’hui le lieu est devenu un musée, abritant des pièces de Fortuny et se prêtant à de nombreuses expositions. Dans le catalogue du musée, une passerelle projette dans le temps le plissé de Fortuny vers les Pleats Please d’Issey Miyake. « Au-dessus de tout, c’est Issey Miyake qui a exploité les propriétés du polyester révolutionnant les anciennes méthodes de plissage pour Pleats Please. Comme la Delphos, les plissés sont devenus un nouvel uniforme pour femmes à forte personnalité. » Avec Miyake, ce principe du plissé traverse le temps et, grâce aux nouvelles technologies, se mue en un vêtement d’une praticité absolue. À Galliera figure un modèle très coloré de Miyake, joyeuse conclusion d’une délicieuse plongée dans le passé autour de Fortuny.
Terrible secret de famille, Festen fut un des événements cinématographiques de 1998. Cet automne sa version théâtrale triomphe à L’Odéon Théâtre de L’Europe* avec une mise en scène remarquable de Cyril Teste et l’intervention du parfumeur Francis Kurkdjian qui ajoute une dimension olfactive à la pièce.
En 1998 le film de Thomas Vinterberg, Festen, revendiquait les règles du Dogme95 établies par le réalisateur et Lars von Trier (Les idiots la même année). Un principe suivi plus tard en France par Pascal Arnold et Jean-Marc Barr (Lovers, 1999). Parmi les règles du « voeu de chasteté » : 1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être apportés… 2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images… 3. La caméra doit être à portée de la main… Une voie vers un cinéma plus sobre et proche de la réalité.
Au théâtre, le rideau se lève sur l’intérieur d’une belle et grande maison. La table est dressée pour un repas de fête (un anniversaire). Pour s’imprégner du lieu, l’environnement se découvre par les effluves d’une odeur de sous-bois. Pour Francis Kurkdjian : « Une odeur de forêt automnale, après la pluie, quelques heures avant le coucher du soleil. Le craquement de feuilles sèches, mais aussi l’humus, des champignons, le sol mouillé et des flaques d’eau. »
Dans cette grande salle, la table va devenir le théâtre de révélations qui vont aller crescendo. Dans un coin de la pièce, un espace confortable autour d’une cheminée et là s’invite une deuxième odeur de parquet cirée et de feu de bois. Pour le parfumeur : « Une odeur un peu âcre, comme une sorte de miroir olfactif des conversations qui ont lieu ou vont avoir lieu. »
La conversation va prendre une tournure dramatique, incrédulité des convives, inertie de leurs réactions et progressivement le voile se déchirera autour d’une sordide histoire d’inceste familial et de suicide.
La mise en scène vertigineuse use sans en abuser de la caméra qui filme les visages au plus près et donne à voir les détails des expressions qui se découvrent sur grand écran.
Le collectif MxM pour la performance filmique suit des règles comme pour le Dogme95 : « 5. Les images préenregistrées ne doivent pas dépasser 5 minutes et sont uniquement utilisées pour des raisons pratiques à la performance filmique. 7. Le temps du film correspond au temps du tournage. » Film vérité qui tout à coup mêle l’onirisme à la réalité avec l’arrivée du personnage défunt de la soeur suicidée. Rêve éveillé du frère qui matérialise sa jumelle dans ses souvenirs. Elle surgit à l’écran, fantôme, ombre du passé.
Pour elle a été composée une fragrance. Pour Francis Kurkdjian : « Linda est réhabilitée au sein de la famille. Son parfum est la trace de sa mémoire. J’ai travaillé un sillage en supprimant toutes les notes de tête pour ne pas que l’on sente un parfum qui vient d’être vaporisé, mais déjà posé sur la peau, porté. Un bouquet floral, très large, abstrait, jasmin, rose, iris ; très classique mais contemporain. »
Au final, plongée à nouveau vers le tableau de Corot du décor dans lequel la caméra parfois s’enfonçait et retour à l’ambiance de sous bois pour la fin.
Un air de Coca-Cola plane sur le parfum You’re In créé pour Andy Warhol (la Fondation) par Comme des garçons.
Boisson élevée au rang d’oeuvre d’art par Andy Warhol, le Coca-Cola figure d’abord dans des sérigraphies dont une oeuvre au Whitney Museum alignant plus de 200 bouteilles, Green Coca-Cola Bottle (1967). L’artiste a multiplié les sérigraphies sur le sujet, starisant le Coca-Cola comme la soupe Campbell’s. En 1967 Andy Warhol imagine une sculpture, une caisse jaune (graphisme rouge) de bouteilles bombées argent ; mais quand il décida de remplir les bouteilles d’un parfum frais, citronné (Canoé ?), la firme s’opposa à la commercialisation du projet.
50 ans plus tard, la Fondation Warhol décide de confier un projet parfum à Comme des garçons pour rendre hommage à la création originelle. Dans le même esprit d’une caisse jaune au graphisme rouge s’alignent des flacons argent métallisé et s’invite le nom : You’re in. Sur les étuis et les flacons (façon bombe) six phrases cultes d’Andy Warhol prennent un relief particulier dans le monde d’aujourd’hui.
I nerver read, I just look at pictures.
In the future everybody will be world famous for fifteen minutes.
I never fall apart because I never fall together
In fifteen minutes everybody will be famous
Art is what you can get away with.
If everybody is not a beauty, then nobody is.
Mis en scène sous la direction artistique de Christian Astuguevieille, le projet a été réalisé avec le parfumeur Maurice Roucel à partir d’une idée proche de la fragrance choisie par Warhol. En tête se découvre une fraîcheur qui pétille avec orange amère, combava (petit agrume de cuisine asiatique à la peau grumeleuse). Un coeur floral avec jasmin, pittosporum (note jasminée orangée), coriandre (pas essence, mais feuilles) sur fond bois de cachemire (cashmeran), muscs et ambre métallique. La dominante de la fragrance est délicieusement métallique, vif argent strident en tête des aldéhydes sur une colonne vertébrale hespéridée ; le tout dans une formule très courte où Maurice Roucel annonce la présence d’uniquement quinze ingrédients. Une délicieuse fraîcheur aldéhyde à apprécier encore plus dans un monde surdosé en sucreries.
Quant à Warhol, avec ce qu’il a apporté à l’art (l’élévation du quotidien au statut d’icône dans une démarche pop) et ses aphorismes; 50 ans plus tard, il est toujours IN.
Forme de tie and dye très connue au Japon, le shibori existe dans l’archipel depuis le VIIIe siècle. À Kyoto une famille d’artisans tente de préserver le savoir faire artisanal tout en faisant évoluer les techniques et les objets de production. Pour mieux faire connaître le shibori, la famille a ouvert un musée à Kyoto pour montrer ce que la technique permettait de faire : des tissus pour des vêtements (kimonos), mais aussi des reproductions d’estampes ukiyo-e ou encore des figures du kabuki.
Au fil du temps
Si le shibori a pris son essor à Kyoto et aux alentours, c’est le village d’Arimatsu (près de Nagoya) qui est considéré comme le berceau de la technique. Le style est devenu très populaire avec les samouraïs. Technique complexe utilisant un grand nombre d’heures de travail, le shibori fut interdit sous le shogunat Tokugawa au XVIIe siècle avec des lois somptuaires qui visaient particulièrement cette technique. De 1693 jusqu’au 19e siècle, le shibori vit ainsi une parenthèse avant de revenir en force pour les kimonos les plus beaux. Un kimono en shibori peut compter jusqu’à 199 000 noeuds. À la fin du XIXe siècle dans un Occident amateur de japonaiseries, furent envoyés pour les grandes expositions en Europe (Vienne notamment) des kimonos en shibori.
Au Japon au XXe siècle le pays s’ouvre au modernisme et privilégie le progrès sous toutes ses formes. Ce n’est qu’en 1974 et 1976 que fut établie une loi pour le renouveau de certaines techniques d’artisanat dont le shibori.
Savoir-faire
Le verbe shiboru signifie tordre. Le tissu est tordu, attaché, ligaturé pour réserver des parties qui ne seront pas teintes. Il est possible d’imaginer au préalable un dessin qui devient un pochoir, les points seront marqués à l’aide d’un poinçon et d’un marteau sur le tissu. Les marques seront ensuite délimitées en faisant de mini noeuds pour protéger la partie du tissu qui ne sera pas teinte. Les ligatures se font avec des fils de soie, mais aussi avec des fils de plastique très fins. Si au début tout était fait à la main, fut mise au point une machine pour attacher plus rapidement les noeuds.
De très nombreuses techniques qualifient le shibori en fonction le plus souvent des résultats obtenus, les ronds, mais aussi les ondulations et des motifs variés, mais le plus souvent dans un esprit moucheté, tacheté.
-Le Kanoko shibori se dessine en petites taches comme celle du pelage des daims.
-Le hon hitta shibori dessine des motifs proches d’une rosace. À partir d’un rond, plié en 4 et ensuite attaché 5 ou 7 fois avec un fil de soie et puis pincé très fort deux fois à la base.
-L’oke shibori est une technique de teinture dans un seau. Le tissu est en partie trempé dans un seau. La partie du tissu à l’extérieur du bac est teinte et celle qui est à l’intérieur est protégée.
-Le Tsujiga hana avec l’ajout d’encre.
-Miura shibori, l’aiguille agit comme un crochet pour poser une boucle de fil, à la main ou aussi à l’ide d’une machine artisanale pour augmenter la cadence.
-Kumo shibori du nom de l’araignée. Le motif qui se dessine s’apparente à une toile d’araignée.
Une technique à redécouvrir et qui renoue avec le savoir-faire de traditions ancestrales au Japon qui sont à nouveau dans l’air du temps.
Passé de la publicité à la création de flacons à partir du lancement du nouveau Femme de Rochas en 1957, Pierre Dinand a finalement consacré sa vie à mettre en formes quelques centaines de flacons. Avec son agence (en famille), plus de 1 000 réalisations dont la participation à des créations mythiques et encore aujourd’hui des réalisations pour de nouveaux projets comme le Jean-Charles de Castelbajac. Un parcours hors normes pour des flacons en France, en Europe, mais aussi les grands succès de Calvin Klein outre-Atlantique.
Une exposition à Londres et au Grand musée du parfum Paris (prolongée jusqu’au 28 janvier) donne à voir une sélection de flacons choisis avec Michael Edwards qui signe la préface d’un ouvrage qui met en scène l’univers de chaque parfum et ses protagonistes via des planches de croquis.
Parmi la sélection, Madame Rochas (1960), ode à la belle Hélène avec un flacon inspiré d’une bouteille du XVIIIe s.
Eau sauvage (Chrsitian Dior, 1966) en forme de flasque.
Rive gauche (Yves Saint Laurent, 1969), une inspiration warholienne de boîte de conserve et un vase art déco pour une « bombe » métallique. Opium (Yves Saint Laurent, 1977). Un flacon mythique pour un parfum mythique, bel oriental serti dans un flacon en forme d’inro habillé de laque (couleur). Pour Paco Rabanne, un Calandre (1969) cerclé de métal et XS (1993), comme une aile d’avion pour la dimension « spatiale ».
Azzaro (1976), un bouteille construite autour du logo. Armani (1982), une architecture d’inspiration palladienne. Obsession (Calvin Klein, 1984, 1986) souvenir de pierres de l’Himalaya qui étaient chez le designer et un capuchon couleur écaille de tortue. Eternity (Calvin Klein, 1988), un duo inspiré du symbole du bijou offert à la duchesse de Windsor « For Eternity » et racheté par Calvin Klein pour son épouse.
Amarige (Givenchy, 1991), transposition d’un modèle de mode porté par Bettina. Moschino Cheap and chic (1995) pour l‘humour du designer, un flacon aux allures d’Olive (celle de Popeye). Light Blue (Dolce & Gabbana, 2001), flacon géométrique épuré habillé d’une touche de bleu Méditerranée. Beautiful Day (Jean Charles de Castelbajac (2017), un écrin pour y poser un dessin du créateur.
Un parcours hors normes.
Personnellement, je me souviens que ma quasi première interview en France autour des parfums fut avec Pierre Dinand pour Le Jardin des modes. Dans ma mémoire demeure sa façon d’expliquer le succès d’un parfum. C’est l’alignement de quatre éléments, comme dans une machine à sous : quatre fraises, quatre bananes…, quatuor gagnant. Pour un parfum : la fragrance, le nom, le flacon et la communication… Quand l’alignement d’un nouveau parfum est particulièrement incohérent, je me souviens de Pierre Dinand.
Une petite bulle, une délicieuse brume, la tête dans les nuages, le nez au vent, l’OSNI* de Cartier emporte les sens dans un voyage poétique. Un cube de verre transparent, un escalier qui semble sans fin mène vers la traversée d’un nuage parfumé. Pour la FIAC hors les murs avait lieu cette installation Cartier sur le parvis du Palais de Tokyo. Des « technologies bioclimatiques mises au point par Transsolar » ont permis la création d’un nuage en continu avec « un système de contrôle de l’air en strates ». Parfumé à partir de L’envol de Cartier composé par Mathilde Laurent, le nuage se muait en création artistique éphémère. Évanescent, le nuage s’est dissipé, envolé du Palais de Tokyo, mais demeure dans les mémoires.
Clin d’oeil allant de la Genèse au film de Vadim avec le souvenir de Brigitte Bardot, Et Dieu créa la femme est le thème de l’exposition organisée par Guerlain pour la FIAC hors les murs. Si les femmes artistes sont moins nombreuses, plusieurs d’entre elles ont néanmoins réussi à atteindre notoriété et cote considérable ainsi Yayoi Kusama, Marlène Dumas ou Louise Bourgeois, toutes trois présentes dans l’exposition. Une joyeuse célébration des artistes de sexe féminin au travers d’oeuvres engagées ou juste esthétiques sans oublier parfois une pointe d’humour.
L’Espagnole Pilar Albarracin joue la satire via des clichés de la condition féminine vue par des archétypes de son Andalousie natale. Pour l’exposition Guerlain, un portrait de « Torera » dans un habit de lumière, mais avec une cocotte minute à la main, prête à l’emploi ?
Jane Evelyn Atwood. Américaine installée en France, la photographe a travaillé sur des thématiques sociales : prostituées de la rue des Lombards, victimes de mines antipersonnel… Pour l’exposition, des clichés de sa série consacrée à Haïti.
Louise Bourgeois. Française installée à New York, elle demeure une des figures majeures de l’art contemporain. Une oeuvre autobiographique foisonnante dont l’araignée demeure emblématique. Ici Fallen Woman une oeuvre en porcelaine et or, une représentation d’une femme au visage réaliste et corps abstrait, totémique. Un corps à suspendre, dérivé de son Arch of hysteria, inspirée des photos de Charcot autour des femmes en convulsions.
DCF 1.0
Marlène Dumas. Née en Afrique du Sud, l’artiste travaille à Amsterdam. Une oeuvre expressionniste avec des figures parfois religieuses et des corps humains dessinés comme dans un halo de brume.
Valie Export. Autrichienne, l’artiste compose une oeuvre engagée pour réfléchir sur la condition féminine tout en utilisant sa propre personne.
Judy Fox. Américaine, l’artiste est sculpteur. Très inspirée par la mythologie, elle s’intéresse aussi aux contes ainsi sa vision du personnage de Rapunzel (Raiponce).
Shilpa Gupta. Indienne, elle réfléchit notamment à l’impact de la mondialisation sur la société de son pays.
Yayoi Kusama. Japonaise et désormais star internationale avec son travail d’oblitération par pois et ses thématiques obsessionnelles : la nourriture, le sexe…
Shirin Neshat. Iranienne, elle soulève le voile de la condition de la femme dans des portraits où sous l’apparence d’une vitime se profile la rebelle.
Triny Prada. Artiste colombienne, elle s’intéresse aux symboles, plonge dans le passé et le confronte à la société contemporaine. Sa nouvelle Ève n’est pas nue, mais habillée et vêtue de chaussures à talon, charmeuse de serpent.
Niki De Saint Phalle. Figure du nouveau réalisme elle a célébré le corps féminin avec ses nanas au corps débordant. Parmi ses ex votos, un « Be my Frankenstein ».
Chiharu Shiota. L’artiste japonaise vit à Berlin où elle imagine son monde tendu de fils qui enferment, emprisonnent des objets, maille arachnéenne.
Hu Yinping. Chinoise, elle a découvert le travail artisanal de sa mère créant des chapeaux et en a fait une oeuvre.
Et une touche d’humour avec une oeuvre masculine de Philippe Mayaux. Les agitateurs. « Allez vous faire encadrer ». Avec la mention : « La femme est l‘avenir de l’homme ».
Jusqu’au 10 Novembre au 68 Champs Elysées
Pilar Albarracin Sans titre Musée Photo Conseil de l’Essonne
Jane Evelyn Atwood Port de paix Haïti Centre National des arts plastiques.
Louise Bourgeois. Fallen Woman. Porcelaine et or Courtesy Galerie Lelong.
Value Export. Smart Export. Courtesy Valie Export.
Judy Fox Rapunzel. Courtesy Galerie Thaddeus Ropac.
Shilpa Gupta. I have many dreams. Courtesy Galleria Continua.
Yayoi Kusama. The World of glowing Fantasy. Collection Florence et Daniel Guerlain. Courtesy Galerie Nathalie Obadia.
Cadavre exquis d’un surréalisme par le prisme de la photographie. Man Ray s’invite sur les boîtiers Nars.
Exquises esquisses d’un maquillage arty. Du tableau bouche (À l’heure de l’observatoire, les amoureux), au portrait d’Ady Fidelin en passant par Les Larmes, les photographies mythiques en noir et blanc de Man Ray participent à une jolie rencontre entre une collection et une inspiration.
-Le palette de poudre dorée (Overexposed Glow Highlighter) dessine dans sa texture des motifs de bouches flottant dans un écrin de sable doré. Sur l’étui bouche d’or s’envole.
-Cheek Palette se blottit derrière un visage tramé d’une voilette tandis que trois couleurs jouent le matelassé et que la bouche se dessine en relief.
-Eyeshadow Palette Glass Tears a choisi une des photos les plus célèbres de Man Ray (au départ une publicité pour un mascara !). Les Larmes, un visage, un regard avec des « perles » réalisées avec des gouttes de glycérine. Des palettes pour les yeux en six couleurs.
-Coffret Audacious Lipstick. Des boîtiers pour 4 rouges à lèvres. Les amoureux avec une photo de femme posant avec en fond l’oeuvre À l’heure de l’observatoire, les amoureux. Pour le coffret Noire et Blanche, une superbe photo visage de femme et masque africain en miroir.
-Du surréalisme à l’érotisme, il n’y a qu’un pas, franchi avec les Love Triangles en étui pyramidal ornés d’une bouche d’or. Blush et rouge à lèvres en variations : Orgasm, Deep Throat et Barbara, Hot Sand et Rita, Dolce Vita et Audrey.
-Set de Velvet Matt Lip Pencil The Kiss, une pochette dorée à bouches volantes pour 4 crayons à lèvres.
-Eyeshadow Palette Love Game. 12 ombres à paupières dans un étui avec en photo le portrait d’Ady Fidelin, danseuse et mannequin portant une coiffe. Avec des bijoux volumineux, une attitude pensive, coudes posés sur un échiquier.
Dès l’entrée du défilé, l’onirisme s’invite. Des silhouettes gravitent dans la salle, visage englobé dans une sphère de tulle blanc diaphane. En route pour le monde féerique de Thom Browne, entre rêve et délicieux cauchemar.
Déboulent deux créatures burlesques, avatar de film de science fiction ayant fusionné avec les vénus callipyges de la préhistoire comme la Willendorf qui aurait subi une multiplication de paires de seins. Créatures blanches en « plastique », expansions de César trottinant sur pointes la tête dans un nuage vaporeux.
Télescopage de styles. Une collection où le tweed est revisité, la veste tailleur découpée, fenêtre sur corps.
Quelques tenues d’exception, hautement fantaisistes avec multiplication des codes, des couleurs. Tissus à carreaux, broderies.
Mélanges de matières, tweed, tulle… Jeu des apparences avec visages masculinisés, cravates. Un air de marin avec des détails bleu, blanc, rouge et la présence d’ancres.
Quilt multicolore façon soleil. Robe à carreaux envahie de tubulures, façon vers de terre ou tentacules d’un autre monde.
Veste chiffonnée de tulles multicolores.
Final de rêve avec une licorne de papier animée par deux humains. Cheval de Troie dans la mode, Thom Browne y fait entrer la poésie, magicien.